Northamptonshire et la pluie : une poursuite historique avortée
Northampton, cinch County Ground. Le décor était planté pour une remontée de folie, une de celles qui restent dans les livres d’histoire. Elle n’aura jamais été écrite. La pluie et la mauvaise lumière ont tiré le rideau sur une poursuite que Northamptonshire semblait pourtant maîtriser, laissant Derbyshire repartir avec un nul qui a tout d’une échappatoire.
En chasse de 349 runs – ce qui aurait constitué la cinquième plus grosse poursuite victorieuse de leur histoire en first-class – les locaux se sont arrêtés à 326-6. Il manquait 23 runs. Et encore 22,2 overs à jouer. Les chiffres font mal.
Au centre du scénario, un homme : Ricardo Vasconcelos. Encore lui. Un 132 magistral, son sixième century de la saison, pour tenir la poursuite par le col et l’emmener jusqu’au bord de l’exploit. À ses côtés dans les derniers instants, George Bartlett, 24* sur 22 balles, venait tout juste d’expédier un six quand, à 16h20, les arbitres ont renvoyé tout le monde aux vestiaires. Mauvaise lumière. La pluie s’en est mêlée. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, la sentence tombait : match nul.
Pour Northamptonshire, l’addition est lourde au classement. Avec ce partage, le club reste à quatre points de Kent, deuxième de Division Two, avant l’ultime journée du championnat. L’espoir de promotion est intact, mais il faudra passer par un dernier week-end à haute tension.
Un départ parfait, un duo en état de grâce
La journée avait pourtant démarré sous les meilleurs auspices. Northamptonshire reprenait à 37 sans perte et Vasconcelos, accompagné de Luke Procter, installait immédiatement la pression. Les deux hommes ont construit une ouverture de 152 runs, leur cinquième partenariat de plus de cent cette saison, en plus des 97 déjà alignés lors du premier innings.
Vasconcelos, fluide, précis, a passé une deuxième fois la barre des 50 dans ce match. Un pull cinglant sur Nick Potts, puis le cap symbolique des 1 000 runs sur la saison franchi dans la foulée. Procter, lui, acceptait pleinement le rôle de métronome, tenant une extrémité pendant que son partenaire dictait le tempo.
À l’heure de déjeuner, Northamptonshire semblait parfaitement lancé : 152-0, 197 runs encore à marquer, une base rêvée pour une poursuite de ce calibre.
Puis le match a changé de visage.
Derbyshire resserre l’étau
Au retour, Derbyshire a enfin trouvé de la morsure. Trois wickets pour 36 runs ont relancé le suspense. Procter a été donné lbw par l’arbitre face à Muhammad Abbas, une décision contestable au vu des images, la balle semblant filer vers la jambe. Shoaib Bashir trouvait du tournant d’un côté, Abbas faisait passer le vent sur la batte de l’autre. Le scoring se grippait.
Derbyshire a alors joué la carte tactique : priver Vasconcelos de strike et cibler Gus Miller. Stratégie payante. Les runs se sont raréfiés, le rythme s’est cassé.
Quelques respirations tout de même : quatre byes concédés sur Bashir, puis un délicat coup de Vasconcelos vers le third man sur Abbas. Mais Miller finissait par se trouer, se jouant lui-même en se coupant sur ses propres stumps face à Brett Randell. Nouveau coup d’arrêt.
Vasconcelos, sur 103, offrait une chance difficile au premier slip sur Bashir, non convertie. Northamptonshire croyait y voir un signe. Pas pour longtemps. Zaib, trop agressif sur un off-cutter de Randell, renvoyait la balle directement dans les mains du lanceur. Encore un wicket, encore un frein.
Harrison et Vasconcelos relancent la charge
Calvin Harrison est alors entré en scène. Un 50 précieux, construit aux côtés de Vasconcelos dans un partenariat de 78 runs qui a relancé la machine et fait descendre la cible sous les 100 avant le thé.
Harrison a frappé Bashir dans les couvertures, Vasconcelos a infligé le même traitement à Randell avant de prendre un simple pour porter le total de Northamptonshire à 200. Une fois le seuil psychologique atteint et l’objectif repassé sous les 150, les deux batteurs ont appuyé sur l’accélérateur.
Vingt runs sont tombés en deux overs. Harrison a envoyé Bashir au-dessus de cover, puis les deux hommes ont exploité les jambes, enchaînant les courses rapides, forçant la défense à s’étirer. Potts, de retour, a été puni à son tour, notamment par un six de Harrison sur un short ball au-dessus de backward square-leg. Derbyshire a alors choisi de casser le rythme en associant Bashir à Matt Montgomery, part-time spinner, pour ralentir le flux. Harrison a tout de même réussi à soulever Bashir au-dessus de long-on pour un nouveau six.
À la reprise, Northamptonshire affichait 261-3. Tout restait ouvert.
Harrison a complété son fifty d’un drive en couverture sur Abbas. Balle suivante, le même Abbas l’a fait sauter, une balle qui rentre, stump défoncé. Cinq balles plus tard, c’est Vasconcelos lui-même qui a vu son aventure prendre fin, battu en voulant couper un autre nip-backer de Randell. La poursuite venait de perdre ses deux piliers en quelques minutes.
Bartlett en patron, la météo en bourreau
Sous un ciel de plus en plus chargé, chaque run devenait une petite libération. Sales a desserré l’étreinte avec un boundary au-dessus de mid-on, Bartlett a traversé le terrain pour fouetter Abbas à travers midwicket. Les deux ont aussi flirté avec le danger, plusieurs coups agressifs tombant juste avant les mains des fielders.
Sales a prolongé la résistance, tirant Abbas à travers midwicket puis en couvrant, forçant Derbyshire à reculer, à garnir les limites de fielders défensifs. Un aveu : l’équipe visiteuse ne jouait plus que la protection, plus vraiment la victoire.
Mais Derbyshire a trouvé un nouveau souffle par Abbas, qui a fini par faire jouer Sales sur ses propres stumps. Encore un rebondissement. Bartlett, lui, ne tremblait pas. Il a dégagé Martin Andersson au-dessus de cow corner pour six, franchissant au passage les 4 000 runs en carrière en first-class. Un jalon personnel dans un contexte collectif brûlant.
À ce moment-là, Northamptonshire tenait la partie. Les calculs étaient simples : 23 runs à marquer, 22,2 overs en réserve, Bartlett en pleine confiance, la promotion en ligne de mire.
Puis la lumière a baissé. Les arbitres ont regardé leurs jauges, puis le ciel. À 16h20, la décision est tombée. Tout le monde dehors. La pluie a suivi, comme pour sceller le verdict. Plus aucun coup de batte, plus aucun run. Match nul.
Derbyshire, porté plus tôt par les 62 runs d’Andersson et les 3-61 de Guthrie dans le deuxième innings, peut souffler. Northamptonshire, lui, devra digérer cette occasion manquée avant de se tourner vers une dernière journée décisive. La question n’est plus de savoir s’il peut jouer la montée. Elle est plus tranchante : après avoir frôlé une poursuite de légende, le club saura-t-il transformer cette frustration en carburant pour le sprint final ?




