Nottinghamshire et Hampshire : un duel épique à Trent Bridge
La Division One du Rothesay County Championship a basculé dans la folie à Trent Bridge. Dix-neuf guichets en une seule journée, des jeunes qui renversent l’ordre établi, un prétendant au titre au bord d’une victoire renversante… et pourtant rien n’est encore joué.
Nottinghamshire, lancé dans la course au sommet, a un pied sur un succès extraordinaire face à un Hampshire au bord du gouffre au classement. Mais la cible, 178 points à défendre, se réduit dangereusement.
À la fermeture pour mauvaise lumière, Hampshire vacille à 61-6. Il lui manque encore 117 points. Quatre guichets en main. Et une tension qui ne descend plus.
Un matin pour les lanceurs, un après-midi pour le chaos
La journée avait pourtant commencé sur un ton presque classique. Hampshire, reparti à 267-7 dans sa première manche, disposait de dix overs de bonus pour arracher des points précieux. Nottinghamshire, lui, visait un dernier point de lancer.
Objectif atteint : Notts décroche sa troisième et dernière unité de bowling avec 16 balles d’avance. Hampshire, en revanche, échoue à neuf points seulement d’un deuxième point de batte au moment du couperet des bonus. La première manche se referme à 304, portée par un Jake Lehmann impérial, resté invaincu à 133.
À ce moment-là, Nottinghamshire mène encore largement au score : 377 contre 304. Un avantage de 73 points qui ressemble à un coussin confortable. Illusion.
Trente-cinq minutes avant le déjeuner, Notts revient au bâton. Sur le papier, on pourrait presque penser à une déclaration future, à une cible généreuse à fixer. Sur le terrain, c’est un carnage.
Eddie Jack et Manny Lumsden, la révolte des gamins
Eddie Jack fête ses 21 ans. Il ne se contente pas d’un gâteau. Il éventre le top-order de Nottinghamshire en 17 balles.
Haseeb Hameed, d’abord, effleure derrière pour 5. Freddie McCann se troue vers le troisième homme pour 4. Deux coups, deux erreurs punies. Le ton est donné.
Juste après la pause, Jack revient et fracasse le sommet du stump extérieur de Ben Slater. Six balles après l’intervalle, Nottinghamshire a perdu un troisième pilier. Le doute s’installe, la panique guette.
Et c’est là qu’entre en scène Manny Lumsden. 17 ans. Première apparition. Pas le temps de s’installer, il frappe tout de suite. Deux guichets dans ses sept premières balles, grâce à une vitesse sèche et un rebond méchant qui surprennent Jack Haynes puis Mitchell Hay. Derrière les bois, le capitaine Ben Brown se rapproche un peu plus d’un improbable total de 10 prises dans le match.
La pression ne retombe pas. Scott Currie s’ajoute à la fête : Liam Patterson-White se troue sur un pull top-edge, puis, après une brève riposte agressive, Fraser Sheat est battu par une balle redressée et bowled pour 16.
Lumsden revient pour finir le travail. Il enlève Olly Stone pour 88-8, puis, après quelques derniers coups de griffes, il nettoie le reste. Joe Clarke, 37, et Dillon Pennington tombent tous deux sur de superbes prises en course en tentant de l’attaquer. Nottinghamshire s’écroule à 104 tout rond.
Lumsden boucle sa première apparition avec 5-36. Cinq guichets, un impact énorme, un Trent Bridge stupéfait. Hampshire se retrouve avec une cible de 178 pour décrocher une troisième victoire estivale. Sur le papier, tout redevient possible.
Stone et Pennington rallument la mèche
Si Hampshire pense avoir renversé la table, Nottinghamshire n’a pas dit son dernier mot. Le ton change dès la reprise. La surface, plus vivante que la veille, se fissure peut-être, mais surtout elle mord.
Olly Stone et Dillon Pennington se partagent la nouvelle balle et transforment la poursuite en champ de mines. Trois guichets chacun dans des spells de sept overs qui étouffent Hampshire.
Felix Organ tente un grand coup, top-edge, et offre une prise acrobatique à Pennington au mid-on, captée à la deuxième tentative, sous une tension presque palpable. Le même Pennington enlève ensuite Nick Gubbins et Toby Albert en l’espace de trois overs. Albert, lancé en drive, trouve un Sam Seecharan inspiré, remplaçant au champ, qui plonge à backward point pour une prise spectaculaire. Rien n’échappe aux mains de Nottinghamshire.
Stone, lui, reprend les habits du démolisseur qui lui avaient valu 10-94 contre Surrey trois matchs plus tôt. Lehmann, héros de la première manche avec son 133*, tente de couper, top-edge, et doit partir pour 2. Hampshire plonge à 11-4. Le match bascule encore.
Deux nouveaux guichets tombent sur le même score, 27-6. Trent Bridge gronde, Hampshire vacille, Nottinghamshire sent la victoire approcher.
Lumière déclinante, enjeu grandissant
La fin de journée devient presque irréelle. Les overs défilent, les guichets tombent, les calculs de points s’invitent dans les têtes.
Hampshire, lanterne rouge, sait qu’une défaite ici rendrait presque théorique la lutte pour le maintien. L’écart à combler – 32 points – deviendrait vertigineux.
Nottinghamshire, de son côté, a déjà fait le plein de bonus dans ce match : six points, dont trois au lancer, qui pourraient compter lourd. En cas de victoire, l’écart de quatre points avec le leader Somerset resterait à portée de fusil. Le titre n’a jamais semblé aussi accessible.
Mais le jeu s’interrompt. La lumière tombe sur Trent Bridge, la frénésie se fige à 17h. La septième paire de Hampshire, encore invaincue, a fait un travail discret mais essentiel : elle a repoussé l’échéance, grignoté le total, ramené la cible à 117 points à marquer.
Quatre guichets en main. Une équipe au bord de la relégation. Un prétendant au titre qui sent la proie lui échapper… ou s’offrir définitivement.
La prochaine session décidera si cette journée de 19 guichets restera comme le tournant de la saison de Nottinghamshire, ou comme le sursaut inattendu d’un Hampshire qui refuse de descendre sans se battre.




