logo

Novak Djokovic éliminé au premier tour de l'US Open 2023

Sous les projecteurs de New York, un séisme. Novak Djokovic quitte l’US Open dès le premier tour, bousculé, épuisé, renversé par Mariano Navone au terme d’un combat de 4h36 : 7-6 (5), 5-7, 4-6, 6-2, 6-1.

À 39 ans, le maître des Grands Chelems vient de signer sa sortie la plus précoce en majeur depuis l’Open d’Australie 2006. Il n’avait jamais perdu d’entrée à Flushing Meadows. Vingt et un ans jour pour jour après ses débuts ici, la question s’impose brutalement : a‑t‑on vu le dernier match de Djokovic à l’US Open, voire en Grand Chelem ?

Un corps qui lâche, un match qui s’effrite

Dès les premiers jeux, le scénario semble pourtant écrit pour lui. Tête de série n°4, le Serbe démarre en trombe, s’échappe 3-0 puis 4-1. Le public se dit que la machine est lancée, que la nuit sera longue pour Navone. Puis tout se dérègle.

Les fautes directes s’empilent – 70 au total – les jambes se raidissent, le souffle se fait court. Djokovic perd ce premier set qu’il menait largement, une première pour lui au premier tour de l’US Open depuis 2006. Le regard se durcit, les gestes se crispent. Et, surtout, le corps commence à trahir.

Le recordman des 24 titres du Grand Chelem vomit au moins une fois, se plaint ensuite de son pied gauche, semble crisper à chaque appui. Il avale des cachets apportés par le médecin, fait masser le bas du dos lors d’un temps mort médical entre le quatrième et le cinquième set. Entre deux échanges, il grimace, souffle, s’étire. On ne reconnaît plus le joueur qui, des années durant, semblait indestructible.

Dans les tribunes, Jelena, son épouse, suit tout cela le visage fermé, inquiète. Sur le court, Djokovic alterne éclairs de génie et signes de détresse. Il arrache le deuxième set, puis le troisième, retrouvant par moments ce regard de prédateur, ce poing serré qu’il libère après quelques points clés. À un moment, il met la main à son oreille, réclame le bruit, le soutien, presque par défi. L’Arthur Ashe s’enflamme. On croit à un énième retournement signé Djokovic.

Navone ne tremble pas

En face, Mariano Navone ne recule pas d’un pas. L’Argentin de 25 ans, qui a décroché cette année son premier titre ATP en simple, refuse le rôle du figurant intimidé par la légende. Il tient l’échange, accepte la bagarre, s’accroche sur chaque point. La nuit avance, mais lui reste debout, solide, lucide.

« C’était très dur pour moi parce que tu joues contre le ‘GOAT’ sur ce court », lâche‑t‑il, encore sonné, après la rencontre. Il a grandi en idolâtrant Djokovic, le bat au terme de cinq sets d’une intensité folle, et se retrouve soudain au centre du plus grand court du monde. « C’est pour sûr la meilleure chose que j’ai vécue sur un court. C’est un court incroyable et la plus grande scène. C’est incroyable, la manière dont on a joué. Je veux dire, cinq sets… Je suis très heureux. Je ne sais pas. Qu’est-ce que je peux dire ? »

Le contraste est saisissant. Navone découvre, Djokovic endure.

Le Serbe, lui, glisse progressivement vers la rupture. Après un coup droit envoyé dehors dans le quatrième set, il retombe mal, lâche sa raquette, comme vidé. Il concède presque ce set, incapable de maintenir le niveau physique nécessaire. Le cinquième devient un supplice : jambes lourdes, déplacements en retard, coups moins tranchants. Navone, lui, sent l’odeur de l’exploit et serre le jeu.

Djokovic, qui visait une 43e victoire en cinq manches, n’a plus de carburant. Navone, lui, signe sa première. « C’est incroyable, dit-il. Ça signifie beaucoup. C’est un rêve qui devient réalité. »

Un futur soudain flou

Cette défaite prolonge une séquence noire. Déjà éliminé au premier tour du tournoi de Cincinnati plus tôt dans le mois, Djokovic n’avait plus rejoué depuis sa défaite en demi-finales de Wimbledon face au n°1 mondial Jannik Sinner. Il espérait que cette sortie rapide dans l’Ohio lui offrirait du temps pour préparer New York. Il savait aussi, comme il l’avait admis samedi, que les premiers matches d’un tournoi lui coûtent plus cher qu’avant.

Cette fois, il n’a pas passé l’obstacle. Pas de montée en puissance, pas de deuxième semaine, pas de nouvelle épopée nocturne. Juste un combat perdu contre un adversaire affamé et un corps usé par les années, la maladie et les douleurs.

La nuit new-yorkaise a souvent été le théâtre de ses triomphes. Elle vient de lui renvoyer une vérité plus crue : même pour Novak Djokovic, le temps ne se laisse pas dompter éternellement.

Reste à savoir s’il choisira d’y répondre par un dernier baroud… ou par un adieu silencieux aux plus grandes scènes du tennis.