Novak Djokovic éliminé au premier tour de l'US Open
À New York, la nuit où Novak Djokovic a vacillé
Arthur Ashe Stadium a déjà tout vu. Les marathons, les remontadas impossibles, les colères, les ovations debout. Lundi soir, il a assisté à autre chose : la fragilité nue d’un géant. Novak Djokovic, 39 ans, 24 titres du Grand Chelem, a quitté l’US Open dès le premier tour, brisé physiquement, submergé par l’émotion, battu en cinq sets par l’Argentin Mariano Navone : 7-6 (7-5), 5-7, 4-6, 6-2, 6-1.
Ce n’était pas seulement une défaite. C’était une rupture dans la continuité d’une carrière qui défie le temps depuis deux décennies.
Un début idéal, puis la panne
Tout avait pourtant démarré comme tant d’autres soirées new-yorkaises pour le Serbe. Un break d’entrée, 2-0, le contrôle du jeu, la sensation familière que l’ordre naturel des choses allait s’imposer. Navone, 25 ans, 49e mondial, découvrait la scène en favori désigné pour le rôle de victime.
Puis le match a basculé sur un détail. Un rallye interminable, étouffant dans l’humidité de Flushing Meadows. Djokovic gagne l’échange, mais y laisse quelque chose. Les jambes se font plus lourdes, le souffle plus court. Dans le septième jeu, l’avance s’évapore. Le corps commence à trahir.
Le service perd de la vitesse, les frappes se dénudent de leur tranchant habituel. Djokovic appelle le médecin après le neuvième jeu, avale des comprimés, tente de masquer l’inquiétude. Son langage corporel, lui, ne ment pas : tête baissée entre les points, mains sur les genoux, silhouette repliée.
Le tie-break tombe du côté de Navone après 1h13 de jeu. Le stade se tait. Pas de sifflets, pas de murmures, juste cette inquiétude sourde d’un public qui connaît trop bien le champion pour ne pas sentir que quelque chose cloche.
La révolte, puis le mur
Dans ces instants-là, Djokovic a bâti sa légende. Combien de fois l’a-t-on vu se réinventer au bord du gouffre ? La question flotte dans l’air : encore une fois ?
La réponse, un temps, semble oui. Sous le toit fermé, la température chute, les conditions deviennent plus supportables. Djokovic s’accroche, se replace, retrouve un peu de vivacité. Dans un deuxième set serré, il se procure les seules balles de break. Il en laisse filer dans les troisième et cinquième jeux, mais refuse de lâcher. À 5-5, il serre le jeu, arrache le break, puis sert blanc pour revenir à une manche partout.
Le début du troisième set ressemble à un retour vers le passé. Djokovic s’anime, harangue, se parle, tape plus fort. Les échanges se durcissent, les deux hommes tiennent leur mise en jeu, 3-3. Puis, à nouveau, la faille. Le Serbe chancelle sur ses appuis, paraît vaciller, mais profite d’un mauvais jeu de service de Navone pour breaker à 5-4. Il conclut derrière. Deux sets à un. La configuration parfaite, celle où, autrefois, l’issue ne faisait plus de doute.
Cette fois, l’histoire ne suivra pas le même script.
Le corps lâche, la nuit se referme
Ce qui ressemblait à une remontée inéluctable se transforme en dégringolade. Le quatrième set échappe rapidement à Djokovic. Navone, solide, lucide, sent l’ouverture et s’y engouffre. Le Serbe, lui, ne cache plus rien : il souffre, ralentit, s’arrête, s’essuie, se penche. Il doit même vomir dans une poubelle, scène rare, presque choquante pour qui a grandi avec l’image d’un athlète quasi indestructible.
Le 6-2 du quatrième acte fait mal, mais le pire reste à venir. Le cinquième set tourne à la débâcle. Les jambes ne répondent plus, les réflexes se grippent, le regard se perd. Navone continue de jouer juste, sans trembler, sans surjouer l’instant. Il aligne les jeux, impose un 6-1 sec, presque cruel sur le tableau de score, mais fidèle à la réalité du terrain.
Djokovic, lui, finit en larmes. Des larmes d’épuisement, de frustration, de lucidité aussi. Il sait ce que signifie une telle soirée.
Une première qui pèse lourd
Jamais Djokovic n’avait quitté l’US Open dès le premier tour. Jamais il n’avait perdu au premier tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis 2006. Vingt ans de domination, de constance, de survie dans les pires contextes, balayés en une nuit suffocante de fin d’été.
Cette défaite met fin à sa quête immédiate d’un 25e titre majeur en simple, ce record absolu qui lui permettrait de se détacher définitivement de Margaret Court. L’objectif reste possible, mathématiquement. Mais chaque année compte désormais. Chaque tournoi aussi.
Au filet, le Serbe retrouve pourtant son masque de champion. Il sourit, serre longuement la main de Navone, le félicite. Il sait ce que représente pour l’Argentin une telle victoire, sans doute la plus grande de sa carrière. Le public applaudit, respecte le moment. La classe reste intacte, même quand le corps cède.
Puis vient le retour vers les vestiaires. La marche est lourde, le regard fuyant. Djokovic tente de garder contenance, mais les larmes remontent. Il disparaît dans le couloir, presque en apnée. Arthur Ashe retombe dans un silence étrange, comme si personne n’osait vraiment croire à ce qu’il vient de voir.
Le temps, adversaire ultime
Navone, lui, prolonge son tournoi et s’offre une vitrine mondiale. Il n’avait jamais dépassé le deuxième tour à New York. Il vient d’y renverser l’un des plus grands joueurs de l’histoire, dans un match qui restera comme un jalon de sa carrière.
Pour Djokovic, cette nuit ressemble à un avertissement brutal. Ce qu’il a toujours su, mais qu’il avait réussi à repousser plus longtemps que tous les autres, s’impose désormais avec force : le temps ne fait plus de concessions. Les positions d’autrefois, celles d’où il finissait immanquablement par gagner, ne garantissent plus rien.
La question n’est plus de savoir s’il peut encore briller. Il l’a prouvé trop souvent, trop récemment. Elle est ailleurs, plus tranchante : combien de fois pourra-t-il encore se relever de nuits comme celle-ci ?




