Pakistan en crise à Edgbaston : Nasser Hussain critique la sélection
Le Pakistan cherchait un électrochoc, il récolte une leçon. À Edgbaston, dans ce troisième et dernier Test face à l’Angleterre, la crise s’étire, s’aggrave même, malgré un grand coup de balai dans l’effectif. Le Pakistan Cricket Board, dirigé par Mohsin Naqvi, a changé sept joueurs après la défaite à Lord’s. Sept visages neufs, un même scénario. L’équipe de Babar Azam file droit vers une nouvelle déroute, en moins de trois jours.
Au cœur de la tempête, un nom revient : Saim Ayub.
Un pari venu des Caraïbes… fracassé à Edgbaston
Le jeune gaucher a été littéralement parachuté dans ce Test. Son billet pour l’Angleterre ? Un siècle en Caribbean Premier League. Un coup d’éclat en T20, transformé à la hâte en passeport pour le format le plus exigeant.
La réalité a été brutale. Deux manches, deux zéros. Un « pair » sec, signé Ollie Robinson à chaque fois. Ayub n’a pas inscrit le moindre point dans ce Test, symbole criant d’un pari mal pensé.
Cette sélection, déjà discutée avant le match, a pris une autre dimension après ce double échec. Pour Nasser Hussain, ancien capitaine de l’Angleterre et voix forte du cricket mondial, ce n’est pas seulement une erreur de casting. C’est une faute de respect envers le Test cricket.
Hussain charge : « Il ne devrait même pas être là »
Sur Sky Sports, au soir du deuxième jour, Hussain n’a pas cherché ses mots. Il a pointé directement le choix de faire venir Ayub depuis la CPL sans qu’il ait disputé de cricket de première classe depuis un bon moment.
Pour lui, la logique défie le bon sens : faire traverser la planète à un joueur qui sort d’un format court, le jeter dans des conditions anglaises, face à une balle Dukes, contre Ollie Robinson et une attaque d’Angleterre en pleine confiance. Et espérer que tout se passe bien.
Hussain y voit « un manque de respect et de considération » pour le Test cricket, ce format que tous les joueurs décrivent comme le plus dur de tous. Ouvrir la manche en Angleterre, sous des nuages lourds, face à une balle qui bouge et des lanceurs de haut niveau, c’est probablement la tâche la plus ingrate du métier de batteur.
Et le Pakistan a choisi d’y envoyer un jeune joueur hors de rythme en première classe, à peine débarqué d’un tournoi T20 sous les tropiques.
Le précédent Sehwag comme avertissement ignoré
Pour appuyer son propos, Hussain a rappelé un épisode marquant. Même les géants s’y sont cassé les dents.
En 2011, sur ce même terrain d’Edgbaston, l’Inde avait déjà tenté ce genre de coup de poker avec Virender Sehwag. Rappelé en urgence après avoir manqué les deux premiers Tests, l’icône indienne avait elle aussi quitté le terrain avec un « pair ». Et il s’agissait là de Virender Sehwag, un monstre d’expérience et de talent, infiniment plus aguerri que Saim Ayub à ce niveau.
Le message est clair : si même un joueur de la trempe de Sehwag s’est brisé sur ce type de pari, comment imaginer qu’un jeune batteur sans rythme en première classe puisse y survivre ?
Hussain ne dédouane pas totalement Ayub. Il rappelle que le joueur doit aussi assumer la responsabilité du coup qu’il a tenté. Mais pour lui, l’essentiel du blâme remonte plus haut. Vers ceux qui ont pensé, sérieusement, que cette décision tiendrait la route au plus haut niveau.
Une sélection symptomatique d’un malaise plus profond
Le cas Ayub n’est pas isolé. Il incarne un malaise plus large dans la gestion du cricket pakistanais.
Le PCB a cru pouvoir régler une crise structurelle en changeant des noms sur une feuille de match. Sept joueurs sortis, d’autres appelés en renfort, comme si la simple rotation suffisait à masquer l’absence de continuité en première classe, de plan à long terme, de respect des exigences spécifiques du Test cricket.
Les critiques ne viennent pas seulement de l’étranger. D’anciens internationaux pakistanais comme Basit Ali ou Kamran Akmal ont eux aussi dénoncé la décision de sélectionner Ayub presque exclusivement sur la base d’un cent en CPL. Ils rappellent un fait implacable : son dernier match de première classe remonte à octobre 2025.
Entre-temps, les formats courts ont pris le dessus, les sélections se sont parfois alignées sur les coups d’éclat en franchise, et le Test cricket se retrouve relégué au rang de laboratoire improvisé.
À Edgbaston, l’addition est en train d’arriver. Elle est salée. Et elle pose une question brûlante : combien de défaites le Pakistan devra-t-il encore encaisser avant que sa direction n’accepte que le Test cricket ne se traite ni à la légère, ni à coups de paris venus des ligues T20 ?




