Pakistan en crise : sept joueurs écartés et staff remanié
Le mot n’est pas trop fort : c’est une véritable implosion que vit actuellement l’équipe de Pakistan en Angleterre. Menés 2-0 dans la série de Test, hors course pour la finale du WTC, les dirigeants ont choisi la hache plutôt que le pansement.
En un geste brutal, sept joueurs ont été libérés du groupe en tournée, dont l’ancien capitaine en balle blanche Salman Agha. Avec lui, Mohammad Rizwan, Imam-ul-Haq, Ali Usman, Aamir Jamal, Muhammad Awais Zafar et Khurram Shahzad ont été priés de faire leurs valises. Une purge assumée, à la fois sportive et disciplinaire, qui illustre l’ampleur du malaise.
Une série qui tourne au naufrage
Le contexte est implacable. Pakistan a perdu cinq de ses six derniers Test, avec pour seule éclaircie un succès contre West Indies plus tôt ce mois-ci. En Angleterre, la série actuelle les voit déjà menés 0-2, et le revers à Lord’s dimanche a fait très mal, bien au-delà du simple score.
Ce dixième échec lors de leurs onze derniers Test à l’extérieur a fait basculer une statistique symbolique : pour la première fois depuis 1987, le ratio victoires/défaites du Pakistan en Test est passé sous la barre de 1. Sur 473 matchs, le pays compte désormais 153 victoires pour 154 défaites, soit un ratio de 0,993. Un marqueur historique, et un aveu de déclin.
Les chiffres récents en disent encore plus long. Depuis janvier 2025, Pakistan affiche la pire moyenne au bâton parmi toutes les équipes engagées en WTC : 23,92. Au classement, la conséquence est logique : derniers, sans la moindre victoire lors de leurs 18 derniers Test dans les pays SENA (South Africa, England, New Zealand, Australia) depuis 2018, avec 16 défaites et seulement deux nuls. Leur dernier succès dans ces conditions remonte à mai 2018, à Lord’s. Une autre époque.
Les cadres dans le viseur
Dans ce climat, les performances des leaders offensifs ne pouvaient plus être protégées. Le trio expérimenté Salman Agha – Mohammad Rizwan – Imam-ul-Haq traverse une période indigente.
Rizwan n’a inscrit que 283 points en 11 manches, pour une moyenne de 25,72, avec seulement deux cinquante. Agha ne fait guère mieux : 221 points à 24,55. Imam, lui, plafonne à 178 points à 22,25 en huit manches. Pour une équipe déjà fragile mentalement, ces chiffres de ses piliers offensifs pèsent comme un fardeau.
La direction a donc tranché. Pas de demi-mesure, pas de sursis. Les places se gagnent, elles se perdent aussi.
Sept renforts, quatre novices et un pari assumé
Pour le troisième Test, qui débutera le 9 septembre à Birmingham, sept nouveaux joueurs ont été appelés. Trois ont déjà connu le maillot national : Saim Ayub, Abdullah Fazal et Arafat Minhas. Les quatre autres découvrent le très haut niveau : Mohammad Imran Jnr, Saad Baig, Mohammad Imran (Imran Randhawa) et Razaullah.
Un groupe rafraîchi, rajeuni, qui arrive dans un contexte brûlant. Les nouveaux n’auront pas le luxe du temps. Ils débarquent dans un vestiaire secoué, au cœur d’une série déjà perdue, avec une équipe qui cherche autant une identité qu’un résultat.
Coup de balai sur le banc : Hesson prend la main
Le tremblement de terre ne touche pas que les joueurs. Le staff technique est lui aussi remodelé en profondeur.
Mike Hesson, jusqu’ici en charge de l’équipe en balle blanche, a été désigné pour diriger également la formation de Test, aux côtés d’Ashley Noffke. Le technicien néo-zélandais se trouve déjà en Angleterre et doit rejoindre le groupe rapidement. Il sera à la tête de l’équipe rouge pour le reste du cycle WTC actuel : deux Test au Sri Lanka en novembre, puis deux en Nouvelle-Zélande en début d’année prochaine.
Dans le même temps, l’actuel entraîneur de l’équipe de Test, Sarfaraz Ahmed, ainsi que l’entraîneur des lanceurs, Umar Gul, ont été démis de leurs fonctions. Un choix fort, en pleine tournée, qui rompt avec la prudence habituelle.
L’histoire récente offre un précédent, mais le timing diffère. En 2014, la BCCI avait déjà opéré un virage en Angleterre, en nommant Ravi Shastri et son équipe (Bharat Arun, R. Sridhar, Sanjay Bangar) en cours de tournée, reléguant de fait le staff de Duncan Fletcher. Sauf qu’à l’époque, le changement était intervenu après la série de Test, avant la série en balle blanche. Pakistan, lui, secoue tout en plein milieu de la série longue. Le message est clair : plus de temps à perdre.
Une équipe au pied du mur
Tout converge vers une réalité brutale : Pakistan ne peut plus se cacher. Les chiffres sont contre eux, la dynamique est catastrophique, le moral est en lambeaux. La réaction de la direction, radicale, correspond à l’ampleur de la crise.
Reste une question, la seule qui compte désormais : ce grand ménage déclenchera-t-il une renaissance, ou ne fera-t-il qu’ajouter un chapitre de plus à une spirale déjà bien engagée vers le bas ? Le troisième Test à Birmingham apportera un premier élément de réponse.




