Pakistan en ruines cherche un dernier sursaut à Edgbaston
Le décor est brutal. Deux claques monumentales à Headingley puis à Lord’s, une série déjà perdue, un vestiaire retourné comme une crêpe et une fédération en plein grand ménage. C’est dans ce chaos que le Pakistan débarque à Edgbaston, mercredi, pour un troisième Test qui ressemble autant à une mission de sauvetage qu’à un procès à ciel ouvert.
Une tournée qui tourne au naufrage
Les chiffres parlent sans détour. Une défaite par une manche lors du premier Test à Headingley. Un revers de 194 runs à Lord’s. Quatre manches disputées, jamais plus de 200 runs inscrits. Face à eux, une Angleterre redevenue clinique, portée par un quatuor de pacers – Ollie Robinson, Jofra Archer, Josh Tongue, Gus Atkinson – qui a littéralement étouffé les batteurs pakistanais.
Joe Root, de retour aux commandes et déjà deuxième meilleur marqueur de l’histoire du Test cricket, résumait la situation après Lord’s : terrains favorables au seam, ciel couvert, balles réactives. Une « tempête parfaite » pour les batteurs. Sauf que ce sont surtout les visiteurs qui se sont noyés.
Pour l’Angleterre, l’enjeu est clair : terminer le travail, valider un premier succès en série depuis plus d’un an et signer un balayage net qui confirmerait la rupture avec les excès de la fin de l’ère Bazball. Pour le Pakistan, il s’agit presque de sauver la face. Ou ce qu’il en reste.
Séisme à la PCB : sept joueurs renvoyés, staff décapité
La réaction de la Pakistan Cricket Board a stupéfié même les plus blasés des suiveurs de cette sélection réputée imprévisible. Après Lord’s, la fédération a appuyé sur le bouton rouge.
- Sept joueurs renvoyés au pays.
- Sept nouveaux appelés, dont cinq n’ont jamais joué au niveau Test.
Dans le même temps, le coach de l’équipe de Test, Sarfaraz Ahmed, et le responsable du bowling, Umar Gul, ont été limogés. À leur place, la PCB a installé le duo déjà en charge du white-ball, Mike Hesson et Ashley Noffke.
Le grand ménage ne s’est pas arrêté aux seconds couteaux. Salman Ali Agha, capitaine à Headingley en l’absence de Babar Azam, a été prié de plier bagage. Ali Usman, le spinner gaucher auteur d’un cinq-wicket haul lors de ce même Test, a subi le même sort. Mohammad Rizwan, l’expérimenté wicket-keeper, et l’ouvreur Imam-ul-Haq, blessé au mollet et privé de batte lors des deux manches à Lord’s, ont eux aussi été renvoyés.
Hesson, ancien sélectionneur de la Nouvelle-Zélande, ne s’en cache pas : il débarque en plein tumulte. « Les gars sont probablement plus habitués que moi à un peu de chaos. Je ne pense pas que qui que ce soit veuille voir ça au milieu d’une série », a-t-il glissé. Derrière la formule, un constat : il doit reconstruire un XI cohérent à la volée, sans matches de préparation entre le deuxième et le troisième Test, et avec des joueurs qui découvrent les conditions anglaises.
Son objectif immédiat est limpide : redonner au Pakistan une identité dans son bowling. « Mettre en place un effectif équilibré, pas seulement pour ce Test, pour qu’on ait enfin de la variété dans notre attaque », explique-t-il. Le Pakistan, rappelle-t-il, s’est construit une réputation sur la vitesse, les actions atypiques, le spin mystérieux. « Nous n’avons pas vraiment réussi à montrer tout ça. »
Un système qui se fissure de partout
Sur le terrain, la faillite est évidente. En coulisses, elle est dénoncée à haute voix. Azhar Ali, membre de l’équipe qui avait hissé le Pakistan au sommet du classement Test il y a dix ans, pointe sans détour la responsabilité d’Aaqib Javed, directeur de la haute performance de la PCB depuis 2024.
« Chaque décision qu’il prend se retourne contre lui, et ensuite il dit : “Ce n’est pas moi” », a lâché l’ancien capitaine dans les colonnes du Guardian. Jason Gillespie, passé par le poste de coach du Pakistan, a enfoncé le clou en estimant que Javed devait « se regarder dans le miroir ».
Sous pression, la PCB a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête sur le comportement du groupe en Angleterre. Un geste qui illustre le climat de suspicion, mais ne résout rien à court terme. Ceux qui vont entrer sur la pelouse d’Edgbaston n’auront ni repères, ni temps pour s’adapter, ni certitudes sur leur avenir.
Le bilan récent est glaçant : 15 défaites lors des 20 derniers Tests. Longtemps, on a répété que le Pakistan était une équipe « imprévisible », capable du pire comme du meilleur. Azhar Ali, lui, constate une dérive plus inquiétante : « Nous sommes devenus totalement constants – mais de la pire des façons. »
Edgbaston, dernier refuge ou nouvelle gifle ?
À Birmingham, l’enjeu dépasse largement le simple score. Une victoire surprise offrirait un peu d’oxygène, mais inquiète déjà une partie des supporters pakistanais. La crainte est simple : qu’un succès isolé serve de cache-misère, qu’il retarde les réformes profondes d’une structure jugée dysfonctionnelle.
Face à eux, l’Angleterre veut éviter toute complaisance. La série est gagnée, mais Root sait que ce troisième Test est l’occasion de poser une marque forte : professionnalisme, rigueur, constance. Tout ce qui manque cruellement à l’adversaire du moment.
La pression, cette fois, ne repose pas sur les épaules anglaises. Elle écrase le Pakistan, ses nouveaux venus, ses dirigeants contestés, son staff fraîchement remanié. Une équipe qui arrive à Edgbaston sans élan, sans match de rodage, sans alignement clair entre le terrain et les bureaux.
Reste une question, brutale mais incontournable : ce troisième Test sera-t-il le point de départ d’une reconstruction, ou un chapitre de plus dans la chronique d’une chute annoncée ?




