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Razaullah et le Razball : un samedi mémorable à Edgbaston

Annulez le départ au Belfry, repoussez la visite à Cadbury World, rangez les sacs pour le Bullring. Birmingham a trouvé mieux à offrir : Razaullah et le « Razball ».

Un samedi qui ne devait pas exister

Ce troisième Test à Edgbaston devait être plié. Pakistan, balayé pour 133 le premier jour juste après le déjeuner, paraissait déjà en vacances forcées. Angleterre, implacable, avait empilé 453 points. Beaucoup de supporters, billets pour le samedi en poche, s’étaient sans doute résignés à n’apercevoir que des cordons de sécurité et des vendeurs de hot-dogs.

Ils auront finalement droit à un quatrième jour. Et à une histoire.

Car au milieu du chaos, un inconnu de 21 ans, huit matches de first-class au compteur, a renversé le scénario et l’humeur d’un stade entier. Son nom : Razaullah. Sa méthode : tout frapper. Partout.

La naissance du « Razball »

Entré en numéro neuf, ce jeune rapide présenté comme un clone brut de Waqar Younis a livré deux heures de pure déflagration. 81 runs sur 63 balles. Neuf sixes. Deux battes brisées. Et une défense anglaise transformée en cible mouvante.

Les comparaisons ont fusé : un peu de Shahid Afridi dans la folie, un soupçon de Saeed Anwar dans la liberté de mouvement. Mais ce qu’il a produit tient déjà de sa propre marque. Bazball vacille ? Edgbaston a peut-être vu naître le « Razball ».

Ancien capitaine du Pakistan, Ramiz Raja, sur BBC Test Match Special, n’en revenait pas : première sortie pour la sélection, et le gamin « illumine le spectacle ». C’est exactement ce qu’il a fait. Une attitude conquérante, un langage corporel qui crie « donnez-moi la balle, donnez-moi la batte », et ce sentiment qu’il peut jouer tous les formats sans changer de visage.

Face à lui, Joe Root paraissait parfois figé, comme un joueur d’échecs attendant qu’on lui rappelle que c’est à lui de bouger une pièce. À un moment, il a placé huit joueurs à la limite. Huit. Rien n’y a fait. Razaullah a continué à avancer, menton haut, arrogance de la jeunesse en bandoulière.

Records fracassés, certitudes brisées

Les chiffres racontent une partie de l’histoire. Neuf sixes : c’est le total le plus élevé dans une manche de Test en Angleterre, à égalité avec le 155 de Ben Stokes lors des Ashes 2023 contre l’Australie. Il a frappé autant de sixes que Sir Geoffrey Boycott en… 108 Tests.

Ce n’est pas seulement un feu d’artifice statistique. C’est le symbole d’un basculement. Pakistan, attendu pour s’écrouler une deuxième fois, s’est mis à jouer comme libéré de tout. Shan Masood a tenu l’édifice avec une remarquable application, 95 runs d’une solidité presque anachronique dans ce tumulte. Babar Azam, enfin délesté d’un poids invisible, a ajouté 76 runs précieux.

Mais c’est bien Razaullah qui a capturé l’imagination. Le stade, les commentateurs, et au-delà, un pays qui cherchait un motif d’espoir.

Michael Vaughan, ancien capitaine anglais, ne se faisait guère d’illusions sur l’issue : pour lui, l’Angleterre va gagner ce Test. Pourtant, il l’a reconnu : le Pakistan vient de dénicher un joyau, promis à devenir une superstar pour de longues années.

Une sortie à la hauteur de l’entrée

Même sa fin de manche a tenu du théâtre. Sauvé une première fois sur une décision lbw face à Dan Lawrence, il a choisi de danser sur la balle suivante, avançant vers le lancer. Stumping. Rideau. Le public s’est levé comme pour saluer un centurion. Il n’en était pas loin, mais l’essentiel était ailleurs.

Le jeune Pakistanais a quitté la pelouse sous une ovation chaleureuse, presque incrédule. Quelques mois plus tôt, un autre futur se dessinait : un contrat pour jouer à Cleethorpes dans la Yorkshire Cricket Southern Premier League en 2026, puis un appel pour un camp national en mai. Entre ces deux lignes de CV, il vient d’écrire un chapitre qui change tout.

Pakistan, de la débâcle à l’espoir

Ce Pakistan-là, écrasé mercredi, semblait sans gouvernail. Trois jours plus tard, il se retrouve « dans le noir » comptable, avec une avance et 129 runs à défendre. Une chance infime, mais bien réelle, de signer l’une des victoires les plus improbables de son histoire récente.

Difficile de ne pas regarder ce cricket pakistanais à travers le prisme habituel : le grand huit émotionnel. Du désespoir à l’espoir en moins d’une semaine. Une équipe en crise, secouée, remise en cause. Et soudain, une journée comme celle-ci.

Vaughan l’a résumé sans détour : personne n’imaginait qu’on atteindrait un quatrième jour. C’est précisément pour cela que ce Pakistan fascine. Capable du pire, puis du sublime, parfois dans la même session.

L’Angleterre, elle, devra se pencher sur ses choix. Bouncers à répétition, un seul over de spin au mauvais moment, nouveau ballon confié au spinner : autant de décisions qui laisseront un goût amer dans un vestiaire qui se veut référence mondiale. Cette journée à Edgbaston restera comme un rappel brutal : le chemin vers l’excellence est encore long.

Mais pour l’instant, une image domine toutes les autres : celle d’un gamin de 21 ans, batte en main, envoyant la balle au-delà des tribunes et offrant au Pakistan, en une après-midi folle, un nouveau héros et une nouvelle raison d’y croire.