Rio remporte l'or au tournoi noir : un hommage à son coach
Les kimonos claquent, lourds, rêches, tirés de toutes parts. En gi, le combat se joue dans le tissu : on agrippe le col, on verrouille une manche, on étrangle avec un pan de veste. En no-gi, plus rien à saisir. Juste une lycra plaquée sur la peau, un short, et les corps qui s’emmêlent à coups d’underhooks, de saisies de poignets et de body locks.
C’est dans cet univers de détails et de leviers que Rio est allé chercher l’or. Catégories séparées par sexe, ceinture, âge, poids : la mécanique classique des tournois de Brazilian Jiu-Jitsu. Mais derrière la structure froide, son histoire à lui était tout sauf ordinaire.
Un parcours secoué avant l’exploit
Sur le papier, le résultat est limpide : deux combats, deux victoires, une médaille d’or. D’abord un adversaire venu de Mongolie, plié en moins d’une minute sur un Aoki lock, un footlock claqué dès l’entame, sans laisser le temps au doute de s’installer. Puis un combattant mexicain, soumis sur un triangle choke en finale.
Sur le tatami, Rio a déroulé. Dans les semaines précédentes, il a encaissé.
L’hiver l’a frappé de plein fouet. Une maladie qui l’a vidé, qui a rendu chaque séance de préparation plus lourde que d’habitude. À cela s’est ajoutée une blessure bien plus profonde : la perte de son coach, un mois environ avant le tournoi. Pas une simple absence. Un vide. Mentalement, digérer ça et continuer à se préparer relevait presque de l’exploit parallèle.
Il l’admet : la phase de préparation a été la pire qu’il ait connue. Mais une fois les pieds sur les tapis, tout s’est recentré. Le tournoi a pris l’allure de n’importe quel autre. Juste lui, son kimono, un adversaire, et cette consigne intérieure : « y aller à fond ».
Une première médaille internationale… qui compte autrement
Cette médaille d’or est sa première breloque internationale au niveau ceinture noire. Pour beaucoup, ce serait un sommet. Pour lui, ce n’est pas la médaille en elle-même qui pèse le plus.
Ce qui compte, c’est la manière dont il a bouclé l’histoire : un triangle en finale. Pas n’importe quelle soumission. Celle qui le relie directement à son coach, Damian Smith, spécialiste reconnu de cette position, celui qui lui a tout appris sur cet enchaînement précis.
Au moment où l’ouverture pour le triangle s’est présentée, Rio n’a pas seulement vu un angle technique. Il a pensé à Damian, à toutes ces fois où il l’avait guidé au bord des tatamis, aux corrections millimétrées, aux encouragements. Clore le tournoi sur cette technique-là, dans ce contexte-là, c’était plus qu’une victoire. C’était une forme d’hommage. La « parfaite » façon de finir.
Une victoire portée par une communauté
Rio n’a pas oublié d’où venait sa force. Il a salué son équipe de Gracie Allegiance Ahuriri, celle de Gracie Allegiance Team New Zealand, et ses amis et partenaires d’entraînement dans les salles de Brazilian Jiu-Jitsu de Hawke’s Bay.
Pour lui, c’est simple : sans bons partenaires, on ne va nulle part en arts martiaux. À Hawke’s Bay, la communauté BJJ est soudée, presque familiale. À force de tourner de salle en salle, de partager des rounds, des sueurs, des blessures et des progrès, tout le monde finit par se connaître. Les gyms, mais surtout les gens qui les font vivre.
Le Japon, le deuil en tête et le futur en ligne de mire
Après ce titre, pas de pause mondaine. Rio et sa partenaire, la coach Yukako Mori, ont prolongé l’aventure au Japon. Quelques semaines encore sur place, pour voir des amis, mais aussi pour continuer à se nourrir techniquement, entre BJJ et Judo.
Le retour à Hawke’s Bay est déjà dans un coin de sa tête. Reprendre le fil à Ahuriri, revenir sur les tapis, enseigner, s’entraîner, et surtout garder ce fil conducteur : s’amuser avec le Jiu-Jitsu. Pour lui, la discipline reste un outil complet : un peu de self-défense, beaucoup d’activité physique sans la sensation de corvée, et un moyen redoutable de se forger des amitiés durables.
Il le répète : tout le monde est le bienvenu.
Une médaille d’or, un triangle en forme de clin d’œil à un coach disparu, une communauté derrière lui, et l’envie intacte de continuer. La question n’est plus de savoir ce que vaut ce titre sur une étagère, mais jusqu’où cette manière de vivre le Jiu-Jitsu peut encore le mener.




