Robert Huth prévient Klopp : Être moins nul avec l'Allemagne
Jurgen Klopp n’a pas encore dirigé une seule minute sur le banc de la Mannschaft que, déjà, les attentes montent en flèche. Et Robert Huth, triple champion de Premier League et ex-international allemand, résume la situation avec une franchise brutale.
Interrogé par GOAL sur ce que Klopp doit livrer pour justifier les énormes espoirs placés en lui, Huth lâche : « Être moins nul ! La barre n’est pas très haute en ce moment. » Le ton est donné.
Un pays rassemblé par une simple nomination
L’ancien défenseur de la Nationalmannschaft décrit un pays qui s’est presque instantanément rassemblé autour de son nouveau sélectionneur, avant même le moindre match.
« Ce que cette nomination a déjà fait en Allemagne, sans qu’un match ait été joué, c’est de recréer cette unité immédiatement, explique Huth. Le jour de l’annonce, tout le monde disait : “Oui, oui, maintenant on a enfin le gars qu’on voulait il y a 10 ans.” »
Klopp arrive avec un bagage immense, façonné à Dortmund puis à Liverpool. Un personnage, une énergie, une idée très claire de ce que doit être une équipe nationale qui se respecte. Pour Huth, c’est précisément ce qui manquait.
Une conférence de presse qui donne envie de remettre les crampons
Ce qui l’a frappé, c’est la première prise de parole publique du nouvel homme fort. Une conférence de presse sans fioritures, sans langue de bois, qui a réveillé jusqu’aux anciens.
« Je ne sais pas si tu as vu sa première conférence de presse, raconte Huth. J’étais là : “Où sont mes crampons ? J’ai envie de les remettre et de rejouer !” Pas que je serais sélectionné, mais tu vois l’idée. Je l’ai regardée encore une fois. »
Huth imagine sans peine l’effet de ce discours sur les joueurs encore en activité. Pas de grandes phrases creuses, pas de storytelling vide. Juste un message clair.
« Il n’y avait pas de baratin. Pas de mots savants. C’était : “Écoute, si tu veux jouer pour l’Allemagne, tu vas devoir courir un peu plus, te battre un peu plus, ça va devoir compter davantage quand tu mets le blason.” »
Klopp refuse de charger ses prédécesseurs
Klopp aurait pu tout renvoyer sur les anciens sélectionneurs, pointer du doigt les échecs récents, se démarquer en cassant ce qui a été fait avant lui. Huth note qu’il n’est pas tombé dans ce piège.
« Ça aurait été très facile de balancer les anciens sous le bus, de dire ‘c’était nul’, souligne-t-il. Je ne pense pas qu’il l’ait fait. Il a juste dit : “On a besoin d’un peu plus quand on se compare aux autres nations qui sont allées plus loin à l’Euro et en Coupe du monde.” »
Pour l’instant, Klopp « parle bien le jeu », comme le dit Huth. Les signaux venus des clubs de Bundesliga sont positifs. Le technicien a sillonné les stades en pré-saison, multiplié les présences lors des matches de clubs. Sur le papier, tout respire la préparation méticuleuse.
L’objectif : retrouver une Allemagne qui fait peur
Huth ne promet pas des trophées à la pelle. Il sait que le plateau international est relevé et le rappelle sans détour.
« J’imagine pleinement que l’Allemagne sera bien meilleure dans les prochains tournois que ces dernières années, affirme-t-il. Pas pour dire qu’ils vont tout gagner. Eux-mêmes disent : “On va essayer de gagner, bien sûr que c’est le but, mais il y a la France, l’Angleterre, le Brésil, l’Argentine, de vraies nations de football. On va y aller et tout laisser sur le terrain.” »
C’est précisément ce qui, selon lui, a disparu du paysage allemand : cette impression que l’équipe nationale vide son réservoir, qu’elle ne laisse rien derrière elle.
« Ce n’était plus le cas ces dernières années pour l’Allemagne, souffle Huth. Donc je suis excité. Allez l’Allemagne ! »
Dix ans d’errance, un style à retrouver
Le diagnostic est sans pitié. « On est nuls depuis 2014, donc une demi-finale, ce serait déjà correct », lâche Huth. Une phrase qui résume une décennie de déceptions, de sorties prématurées et de débats sans fin.
Pour lui, la clé tient dans un mot : intensité. Et dans un modèle : celui des équipes de Klopp à Liverpool et Dortmund.
« Si l’Allemagne peut reproduire ne serait-ce qu’un peu de l’intensité, du rythme, de l’énergie, de l’esprit de Liverpool et Dortmund, je commence à m’exciter ! » reconnaît-il.
Huth sait que transposer ce style en sélection nationale n’a rien d’évident. Le temps de travail est limité, les automatismes plus difficiles à installer. Mais il y croit.
« Je sais que c’est difficile à reproduire en équipe nationale, admet-il. Mais s’ils y arrivent, si tu peux le faire, ce sera du heavy metal football ! »
Le message est clair : pour Klopp, la mission ne se résume pas à gagner un trophée. Il doit rendre à l’Allemagne ce qu’elle a perdu depuis 2014 : une identité, une intensité, et cette sensation très simple, mais impitoyable, pour l’adversaire. Celle de se retrouver face à une équipe qu’on ne veut surtout pas croiser en tournoi.




