Robinson en feu, l'Angleterre domine le Pakistan
Le vieux Lord’s a déjà vu des tempêtes. Celle d’Ollie Robinson, vendredi, restera dans les mémoires. Le seamer anglais a éventré la ligne de frappe pakistanaise avec des chiffres presque irréels : 4 wickets pour 11 runs en 13 overs, sur un terrain où chaque couture semblait une embuscade. Résultat : le Pakistan s’est effondré pour 110 all out dans ce deuxième Test, laissant l’Angleterre aux commandes d’un match aussi brutal que fascinant.
Mais dans ce duel, personne n’est en sécurité bien longtemps. Sur la même piste capricieuse, l’Angleterre a aussitôt vacillé à son tour, 13-2 dans sa deuxième manche, rappel brutal que chaque balle peut être une condamnation. En fin de journée, les locaux avaient néanmoins redressé la barre : 81-3, un avantage global de 261 runs, avant que la mauvaise lumière ne vienne clore prématurément une deuxième journée étouffante. L’Angleterre se rapproche d’un 2-0 décisif dans cette série en trois matches. Encore faudra-t-il finir le travail.
Archer ouvre la brèche, Robinson détruit tout
Le scénario s’est écrit à vive allure. Jofra Archer, de retour dans son registre le plus tranchant, a allumé la première mèche. Shan Masood, propulsé en ouverture en l’absence d’Imam-ul-Haq blessé au mollet, a à peine eu le temps de s’installer : un pied planté, un drive hésitant, une balle à 91 mph qui file à hauteur de batte, et Jamie Smith qui ne tremble pas derrière les stumps. Un run, puis la sortie. Le ton était donné.
Juste avant le déjeuner, Josh Tongue a ajouté une couche. Abdullah Shafique, battu, pris derrière. Pakistan 16-2, la matinée venait de tourner au cauchemar.
Babar Azam a tenté de repousser la marée. Premier run avec un coup de couverture somptueux sur Tongue, un autre drive claqué sur Gus Atkinson pour quatre. Deux gestes de classe, deux éclairs qui rappellent pourquoi il est le capitaine et le batteur phare de cette équipe. Mais l’embellie a été brève. Tongue a insisté, trouvé l’extérieur de la batte, et Jordan Cox a plongé en troisième slip pour cueillir un edge précieux. Pakistan 30-3, après 171 et 135 au Headingley : la série tourne au supplice.
Awais résiste, Robinson assomme
Dans ce chaos, un homme a tenu bon : Azan Awais. L’ouvreur, miraculé après un drop de Harry Brook dans les slips alors qu’il n’avait que 8, a bataillé pour 46 runs, la seule vraie résistance d’une équipe à la dérive. Il a encaissé, notamment face à Archer, qu’il a décrit comme « probablement le spell le plus rapide » qu’il ait affronté, louant ce mélange de vitesse et de précision qui a fait plier presque tout le monde.
Autour de lui, le vide. Seul Saud Shakeel a atteint les doubles chiffres avec 16. Le reste ? Une succession de défaites individuelles face à une attaque anglaise en pleine confiance.
C’est là que Robinson a transformé une bonne position en domination totale. Ligne serrée, longueur parfaite, balle qui rentre ou s’échappe juste assez pour semer le doute. Shakeel piégé lbw. Mohammad Rizwan, même sort. Ali Usman, lui, a fini par jouer sur ses propres stumps face à Archer. Les wickets se sont empilés, l’innings a fondu.
Imam-ul-Haq, touché au mollet la veille en fielding, n’a pas pu prendre la batte. Le Pakistan a donc été bouclé en 37,2 overs, neuf wickets tombés, un absent blessé, et un dernier coup de massue signé Archer, qui a fait voler l’off-stump de Mohammad Abbas pour conclure.
Le dernier wicket anglais qui fait mal au Pakistan
Le mal pakistanais avait pourtant commencé plus tôt dans la journée. L’Angleterre avait repris à 248-9, apparemment à portée d’une clôture rapide. Mais Gus Atkinson (45) et Tongue ont transformé ce dernier wicket en supplice prolongé : 47 runs ajoutés, une partnership qui a grignoté la confiance adverse.
Tongue a joué juste, glissant Mohammad Ali pour quatre, frappant Abbas dans les couvertures pour un autre boundary. Sans être flamboyants, les deux derniers de l’ordre ont été solides face à une attaque qui manquait cruellement de vitesse pure.
Babar Azam a fini par appeler Ali Usman, bras gauche, pour tenter de casser le rythme. Atkinson, déjà auteur d’un century à Lord’s en Test, l’a immédiatement frappé pour quatre. Sur la balle suivante, il a voulu remettre ça, a attaqué, et s’est troué. Pris au champ, innings terminé, mais les dégâts pour le Pakistan étaient faits. Ces runs de fin de tableau pèsent lourd sur une surface aussi traîtresse.
Le Pakistan riposte, Root vacille encore
Dos au mur, le Pakistan avait besoin d’un départ canon avec la balle. Khurram Shahzad a répondu. Deux overs, 2-5, et un Lord’s soudain silencieux.
Ben Duckett a été le premier à tomber, pour un run seulement, sur un half-volley mal contrôlé envoyé directement à mi-off. Cox, héros de la veille avec son fifty, a suivi, battu par un lbw confirmé au review. 13-2, l’Angleterre se retrouvait exactement dans le même piège que son adversaire.
Joe Root, capitaine, figure tutélaire, est alors arrivé dans un décor qu’il connaît par cœur : l’Angleterre en difficulté, lui en pompier de service. Avec Emilio Gay, il a calmé la tempête, gratté les runs, laissé passer, choisi ses coups. Le plan semblait fonctionner.
Puis Mohammad Ali a trouvé la faille. Balle qui rentre, Root coincé sur le crease, lbw sans contestation. Pour la neuvième fois en 12 innings de Test, l’icône anglaise a quitté la scène sur un leg before. Un chiffre qui commence à peser lourd.
Sur la balle suivante, Brook a failli suivre le même chemin. Donné out lbw lui aussi, il a utilisé son review. Bien lui en a pris : énorme inside edge, décision renversée, et une bouffée d’oxygène pour le vestiaire anglais.
Une avance lourde, un match encore vivant
À la fermeture, l’Angleterre avait donc repris la main. 81-3, 261 runs d’avance. Sur ce wicket, c’est un trésor. Archer l’a dit au micro de Sky Sports : sur cette surface, « il y avait une balle avec ton nom dessus ». La phrase résume la journée : personne n’est à l’abri, ni les ouvreurs, ni les stars, ni les tail-enders.
Le Pakistan garde un mince espoir. Khurram Shahzad et Mohammad Ali ont montré que la balle neuve pouvait encore faire des ravages. Si les visiteurs parviennent à limiter l’Angleterre à un total chassable, le match peut se retourner une dernière fois.
Mais l’Angleterre, forte de son avance et portée par un Robinson incandescent, sait qu’elle tient une occasion en or de boucler la série. Sur cette pelouse imprévisible, la question n’est plus seulement de savoir qui joue le mieux. C’est de savoir qui tiendra les nerfs assez longtemps pour frapper le dernier coup.




