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Ryan Garcia expédie Conor Benn et réclame l’unification des welters

Ryan Garcia n’a eu besoin que de quelques minutes pour transformer une affiche très attendue en démonstration brutale, puis pour braquer le projecteur sur tout le reste de la catégorie des welters.

À 28 ans, l’Américain a balayé Conor Benn en moins de deux rounds, samedi soir, à la T-Mobile Arena, conservant son titre WBC des welters (147 lb) avec une froideur clinique. Une droite sèche, concussive, a envoyé le Britannique au tapis, avant que l’arbitre Thomas Taylor n’abrège les débats à 1’25’’ du deuxième round. La salle, acquise à Garcia en ce week-end de fête de l’Indépendance mexicaine, a explosé.

Au bord du ring, Teófimo López le provoquait, prêt à en découdre. Garcia, lui, venait de rappeler à toute la division qu’il restait l’homme à abattre.

« On doit nettoyer cette catégorie », a lâché Garcia (26-2, 21 K.-O.), qui défendait pour la première fois la ceinture conquise en février au même endroit face à Mario Barrios, envoyé au tapis puis dominé aux points.

Un premier round de feu, un second d’exécution

Conor Benn (25-2, 14 K.-O.) n’était pas venu pour regarder. Pendant toute la promotion du combat, il avait promis « ténacité, férocité, rancœur », jurant qu’il mettrait Garcia sous pression dès la première seconde. Il a tenu parole.

Dès le gong initial, le Britannique a jailli de son coin, imposant un rythme infernal. Il a forcé Garcia à accepter l’échange, l’entraînant dans des rafales lourdes, sans temps mort. Benn a trouvé le corps, cognant au plexus, et a même touché le champion derrière la tête, un coup qui n’a pas été sanctionné. En face, Garcia dégainait déjà son crochet gauche signature, lancé en série, comme un avertissement.

Le tournant est arrivé tôt dans le deuxième round. Benn avançait, cherchant à réduire la distance, pensant poursuivre son travail de sape. Il n’a jamais vu venir la droite de Garcia. Un coup net, plein menton. Benn s’est écroulé lourdement, en tas, au centre du ring.

Le Britannique s’est relevé, mais ses jambes ne suivaient plus. Garcia l’a vu tout de suite. Il a foncé, a planté ses appuis, et a déchaîné ses deux mains jusqu’à ce que Thomas Taylor s’interpose. Arrêt logique, arrêt sec.

Garcia n’a pas admis la moindre contestation sur l’intervention. « Ils auraient pu arrêter quand il était au sol, a-t-il assuré. Il était ailleurs. Je l’ai regardé dans les yeux, il n’était plus là. Si ça avait continué, vous auriez vu un homme inconscient sur le ring. Le boulot de l’arbitre, c’est de protéger le boxeur. »

La stratégie de Garcia, entre patience et précision

Après coup, Garcia a détaillé ce qui s’était joué dans sa tête pendant ces quelques minutes de haute tension.

« Au premier round, je me disais juste : protège-toi. Il va devenir fou. Concentre-toi sur ce qu’il fait, regarde, télécharge, télécharge, télécharge », a expliqué l’Américain, décrivant ce temps d’observation sous la tempête de Benn.

Puis tout s’est accéléré. « Ensuite, j’ai commencé à le toucher. Je me suis dit : wow, je le cale déjà. Et au deuxième round, je me suis dit : je vais tenir ma position, je vais me faire respecter tout de suite. Et quand je l’ai fait, j’ai fini par le mettre K.-O. »

Garcia avait encaissé l’orage. Il a répondu par l’uppercut invisible, celui qui brise un combat et, parfois, une carrière.

Le rêve brisé de Benn, héritier contrarié

Pour Conor Benn, la défaite a un goût amer, presque cruel. Il espérait marcher sur les traces de son père, Nigel Benn, ancien champion WBC des super-moyens au début des années 1990. Il se voyait reprendre le flambeau familial au plus haut niveau.

Le pari était risqué. À 29 ans, l’Anglais n’avait plus combattu à la limite des welters depuis quatre ans et demi, après avoir monté jusqu’aux poids moyens. Revenir à 147 lb l’a obligé à une descente drastique. Il avait décrit ce processus comme un passage par les « tréfonds de l’enfer ». Vendredi, sur la balance, il affichait pourtant 146 lb, son poids le plus bas depuis sept ans.

Ce sacrifice n’a pas suffi. Face à un Garcia précis, plus explosif, Benn a payé cher la moindre erreur d’entrée de deuxième round. Son ambition de réécrire le nom Benn au sommet du WBC devra attendre.

Zuffa, Golden Boy et deux carrières à réhabiliter

Le combat portait aussi un enjeu en coulisses. Il était co-promu par Zuffa Boxing, le nouveau projet de Dana White, patron de l’UFC, qui a arraché Benn en avril après dix ans de collaboration avec Eddie Hearn et Matchroom. En face, Garcia reste la tête d’affiche de Golden Boy Promotions, la structure d’Oscar De La Hoya. Les deux camps ont ferraillé pendant des mois pour finaliser cet accord.

Sur le ring, ce duel représentait surtout un nouvel épisode dans la rédemption de deux boxeurs longtemps plombés par des affaires de dopage.

Garcia avait été contrôlé positif à l’ostarine, un agent anabolisant interdit, autour de sa victoire d’avril 2024 face à Devin Haney. Le résultat avait été transformé en no-contest et l’Américain suspendu un an, son équipe invoquant des compléments alimentaires contaminés.

Le cas Benn était encore plus explosif. Deux contrôles positifs au clomifène avaient surgi avant son combat prévu en 2022 contre Chris Eubank Jr, l’écartant des rings britanniques pendant deux ans. Il a toujours clamé son innocence et a finalement été blanchi par le National Anti-Doping Panel.

Samedi, malgré ce passé chargé, les deux hommes se sont retrouvés sous les projecteurs de Las Vegas, chacun avec un cachet estimé autour de 15 millions de dollars. Garcia repart avec la ceinture, une image redorée et un carnet d’adresses rempli d’options à très gros enjeux.

Chaos au micro, défis en cascade

Le show ne s’est pas arrêté avec le gong final. Devant les caméras, l’interview d’après-combat a rapidement viré au chaos, dans la droite ligne d’une carrière où Garcia, l’un des premiers superstars Gen-Z de la boxe, attire autant la lumière que les polémiques.

Depuis le ring, il a repéré Teófimo López au premier rang et l’a aussitôt appelé. « Unification time. Where you at, Teo ? », a-t-il hurlé vers le champion WBA.

L’échange verbal a vite monté d’un cran. « Tu veux devenir fou ? On va devenir fous, a lancé Garcia. Je peux te battre maintenant, là. »

Puis il a tourné son regard vers Devin Haney, champion WBO, également présent au bord du ring, toujours lié à lui par leur premier duel entaché par le dopage. « J’espère qu’on pourra encore botter le derrière de Devin Haney pour le titre incontesté, a-t-il lâché. Fuck the Haneys ! »

Haney, López, mais pas seulement. Shakur Stevenson, quadruple champion du monde, aujourd’hui installé une catégorie en dessous à 140 lb, était lui aussi dans l’arène, membre du plateau de consultants de Paramount+. Il a fait savoir qu’un combat contre Garcia l’intéressait. Le marché, lui, ne demande qu’à s’enflammer.

Garcia vise Teófimo López en priorité

Au milieu de ce tumulte, Garcia a fini par clarifier sa feuille de route immédiate. « Je veux unifier contre Teófimo, a-t-il tranché. Je pense que c’est le bon move. C’est un énorme combat, Teo est un gars spectaculaire, la promotion sera folle et c’est un très bon boxeur. Alors faisons-le. »

Un champion qui expédie un prétendant en moins de deux rounds, une division pleine de ceintures à réunifier, des rivaux qui s’échauffent déjà au bord du ring : la catégorie des welters tient peut-être son prochain grand feuilleton. La question n’est plus de savoir si Ryan Garcia est revenu. Elle est simple : qui osera monter le premier avec lui entre les cordes ?