Sanctions sévères pour les Clippers et Kawhi Leonard
La NBA a sorti le marteau. Et elle n’a pas tremblé. Les Los Angeles Clippers écopent de l’une des sanctions les plus lourdes de l’ère Adam Silver pour contournement du salary cap : un an de suspension pour le propriétaire Steve Ballmer, une amende de 30 millions de dollars, et la perte de cinq choix de draft.
Kawhi Leonard, lui, n’y échappe pas non plus : 700 000 dollars d’amende. Lawrence Frank, président des opérations basket, est suspendu six mois. Gillian Zucker, présidente des opérations business, un an.
Un ménage à grande eau dans une franchise déjà sous les projecteurs, au terme d’une enquête longue de près d’un an menée par un cabinet d’avocats externe.
Une enquête explosive, une riposte furieuse
Les Clippers avaient juré leurs grands dieux qu’ils n’avaient rien à se reprocher. Régulièrement, le discours était le même : aucune faute, aucune peur.
En avril, Kawhi Leonard se montrait serein : « Je pense que tout sera clair, donc je ne stresse pas », assurait-il.
Lawrence Frank allait dans le même sens, brandissant la probité de Steve Ballmer comme bouclier moral : si l’on connaît Steve, disait-il en substance, on sait qu’il n’y a « rien à reprocher » et que la franchise est « du bon côté ».
Mercredi, malgré le couperet, le club n’a pas varié d’un millimètre. Dans un communiqué, les Clippers dénoncent « avec véhémence » les conclusions de la ligue, accusant une enquête « fortement biaisée », construite pour valider « un récit prédéterminé » plutôt que s’appuyer sur les faits.
Le ton est frontal. La franchise affirme que ce que la ligue lui a dit en privé ne correspond pas à ce qui a été annoncé publiquement, et reproche à la NBA de ne pas s’être tenue au standard de justice et de précision fixé par Adam Silver au lancement de l’enquête.
Les Clippers promettent désormais de « se battre tout aussi durement » pour démontrer leur innocence, et annoncent leur intention de contester « vigoureusement » ces sanctions par tous les moyens possibles, misant sur un arbitrage qu’ils espèrent « éthique et impartial ».
La NBA, de son côté, assure que les sanctions sont définitives et contraignantes pour toutes les parties, un accord ayant été trouvé avec le syndicat des joueurs. La ligue précise que le cabinet externe continue de recevoir des informations et qu’elle « envisagera d’autres actions si nécessaire ».
Adam Silver cogne : « des violations flagrantes »
Adam Silver ne s’est pas caché derrière la langue de bois. Dans un communiqué, le commissionner se dit « profondément déçu par les violations flagrantes » des règles et par les « échecs institutionnels et de leadership » des Clippers qui ont permis ces agissements.
« La sévérité des sanctions reflète le sérieux des violations », tranche-t-il.
Au cœur du dossier : un contrat d’endorsement de 28 millions de dollars entre Kawhi Leonard et Aspiration Fund Adviser LLC, une société qui a depuis déposé le bilan. L’enquête a débuté en septembre 2025, après un article du journaliste Pablo Torre.
Depuis, le décor s’est assombri. Joseph Sanberg, cofondateur d’Aspiration, a été condamné plus tôt cette année à 14 ans de prison fédérale pour avoir escroqué investisseurs et prêteurs à hauteur d’au moins 248 millions de dollars.
Ballmer contre-attaque : « chasse aux sorcières » et « injustice grossière »
Face à la tempête, Steve Ballmer n’est pas resté silencieux. Les Clippers ont rendu publique une lettre de David Kelley, avocat de Ballmer, adressée à Adam Silver. Le ton est accusateur, presque belliqueux.
Kelley qualifie l’enquête de « chasse aux sorcières » et les sanctions de « grossière injustice ». Il accuse la ligue de ne pas avoir tenu ses promesses en matière de procédure régulière et d’équité fondamentale, rappelant que la charge de la preuve devait incomber à la NBA.
Dans cette lettre, Kelley affirme que les avocats de la ligue ont reconnu ne pas croire à l’existence d’un accord entre les Clippers et Aspiration visant à faire transiter de l’argent vers Kawhi Leonard. Il souligne aussi que le Department of Justice, la Securities and Exchange Commission et un juge fédéral considèrent Ballmer comme une victime de la fraude de Joe Sanberg, et non comme un complice.
L’avocat insiste : aucune règle de la ligue n’interdit à des membres d’un club de présenter des sponsors ou des prestataires à des joueurs à leur demande. « Sanctionner rétroactivement les Clippers pour une règle qui n’a jamais existé n’a rien à voir avec une procédure équitable », écrit-il.
La NBA, elle, voit les choses autrement. Selon la ligue, Ballmer a sciemment cherché à aider Leonard à obtenir des revenus hors terrain, a validé un accord commercial dont il savait qu’il constituait une condition préalable au contrat d’endorsement entre Aspiration et Leonard, et n’a pas mis en place un cadre suffisant pour garantir le respect des règles.
Kawhi Leonard au cœur de la tourmente
Kawhi Leonard se retrouve lui aussi directement visé. Dans un communiqué relayé par son nouvel agent, Harrison Gaines, la star assume une part de responsabilité : « J’accepte l’entière responsabilité des erreurs de jugement commises par des personnes de mon premier cercle et je regrette la distraction que cette situation a causée aux fans et à ma famille », déclare-t-il.
La NBA accuse Leonard, via son ancien business manager et oncle Dennis Robertson, d’avoir violé les règles de contournement du salary cap en faisant pression sur les Clippers pour obtenir des opportunités de revenus hors terrain, en obtenant effectivement ces avantages, et en ne remboursant pas certaines dépenses personnelles réglées par la franchise pour lui et sa famille.
Kawhi se défend sur le fond : Il assure avoir signé son contrat avec les Clippers et les accords concernés « de bonne foi », pleinement engagé à respecter ses obligations, et affirme n’avoir eu aucune connaissance d’une quelconque intention de contourner le salary cap.
Un trade en suspens, Toronto en ligne de mire
Cette affaire ne touche pas seulement les Clippers. Elle pèse aussi sur la suite de la carrière de Leonard. Son trade vers les Toronto Raptors était gelé dans l’attente de la conclusion de l’enquête. La franchise canadienne n’a jamais caché son désir de le récupérer, et Leonard, de son côté, se montre prêt à renouer avec l’équipe avec laquelle il a été champion NBA et Finals MVP en 2019.
« Alors que je retourne à Toronto, je me concentre sur ce que je peux contrôler, sur le fait de tourner la page et d’avancer avec une ardoise vierge », affirme-t-il.
Une franchise placée sous surveillance
La sanction ne se limite pas aux suspensions et aux amendes. Les Clippers et leurs dirigeants seront soumis à un programme de conformité et de monitoring pendant cinq ans. Dennis Robertson, l’oncle de Leonard, est banni de toute relation d’affaires avec des franchises NBA pour la même durée.
La ligue sanctionne aussi lourdement l’organigramme. Lawrence Frank est puni pour son rôle dans les accords d’endorsement jugés illégaux et pour avoir validé des dépenses indues liées à Leonard et à sa famille. Gillian Zucker, elle, est considérée comme « principalement et directement responsable » des montages d’endorsement illégaux, et accusée d’avoir menti aux enquêteurs. Tous deux perdent leurs salaires pendant leur suspension.
Les Clippers, récidivistes sous Ballmer
Ce n’est pas la première fois que la franchise de Ballmer se fait épingler. En 2015, un an après son rachat des Clippers pour 2 milliards de dollars, la NBA avait déjà infligé une amende de 250 000 dollars au club pour avoir offert à DeAndre Jordan, alors free agent, des opportunités business non autorisées. Une présentation incluait un accord à 200 000 dollars par an avec le constructeur automobile de luxe Lexus, en violation des règles.
Cette fois, l’addition est sans commune mesure. Ballmer, 70 ans, ancien CEO de Microsoft, se retrouve suspendu un an, sa réputation publiquement écornée, enlisé dans cette affaire, dans la procédure de faillite d’Aspiration et dans des litiges civils.
La NBA a voulu envoyer un message clair à toute la ligue : le salary cap n’est pas une suggestion, c’est une ligne rouge. Reste à savoir si les Clippers, sous contrôle pendant cinq ans, parviendront à se reconstruire sportivement et institutionnellement… ou si cette affaire marquera durablement le plafond de verre de l’ère Ballmer.




