Soirée de boxe à l'O2 Arena : Drame et Performances
À l’O2 Arena, la soirée devait couronner un nouveau roi des lourds avec Moses Itauma et Filip Hrgovic pour le titre IBF vacant. Avant leur drame final et le retournement de situation signé Hrgovic, l’undercard avait déjà mis la salle en ébullition. Des lourds saignants, un champion britannique poussé dans ses retranchements, un Viking terrassé, puis un prétendant au titre mondial qui se remet en marche. Revue d’une carte qui n’a presque jamais levé le pied.
Vianello – Jolly : un nul qui laisse un goût amer au Gallois
Guido Vianello contre Moses Jolly pour ouvrir la soirée : des lourds, des ambitions, et très vite du sang. Le Gallois, invaincu, montait clairement d’un cran face à l’ancien olympien italien, en quête de relance après des défaites face à Efe Ajagba puis Richard Torres Jr.
Dès la première cloche, les intentions étaient claires. Jolly, plus massif, investit le corps avec sérieux, tandis que Vianello plaçait quelques frappes plus spectaculaires. Le ton monta d’un coup dans le deuxième round : les deux hommes finirent rapidement entaillés, s’échangeant des combinaisons brouillonnes mais dangereuses, du genre qui peut tout faire basculer sur un seul coup net.
Jolly prit confiance. Deux énormes overhands du droit secouèrent Vianello, qui encaissa sans broncher mais dut gérer accrochages et corps-à-corps. Le Gallois se permit même un baiser envoyé au public, puis quelques pas de danse dans son coin à la fin de la reprise. Il se sentait chez lui.
Son travail au corps commença à peser lourd. Au milieu du quatrième round, Vianello respirait la bouche ouverte, mais parvenait à rester dans le coup grâce à des contres précis et un travail discret à courte distance. L’Italien trouva même un vrai temps fort dans le sixième : l’activité de Jolly baissa, réduite à des jabs isolés, et Vianello profita de cette baisse de régime pour marquer des points alors que les deux géants commençaient à se déliter physiquement.
La dernière reprise s’ouvrit sur un combat trop serré pour qu’on ose trancher. Le KO ne semblait plus vraiment au rendez-vous, mais les deux hommes tentèrent encore de forcer le destin. À la fin, un seul score : 76-76, nul. Décision de l’arbitre, et bronca sourde dans les travées. Jolly, dominateur sur la première moitié du combat, pouvait se sentir lésé. Vianello, lui, s’en sort, mais sans réponse claire sur la suite de sa carrière.
Ursu – Vaughan : un titre conservé dans un bain de sang
Le Britannique Constantin Ursu effectuait la première défense de son titre de champion de Grande-Bretagne des welters, conquis face à Owen Cooper. En face, Ben Vaughan, qui venait de se relancer après une défaite aux points contre Bobby Dalton pour le titre anglais.
Les deux premiers rounds appartinrent au challenger. Vaughan entra pour bousculer le champion, le coller, le salir un peu dans les échanges. Ursu cherchait sa distance, son uppercut arrière au visage et au corps, mais se retrouvait étouffé. Techniquement, il paraissait plus propre, mais il se faisait toucher par des coups évitables.
Le jab d’Ursu commença pourtant à faire son effet : nez de Vaughan en sang, impact visuel fort. Sa défense, sans être hermétique, retirait du tranchant aux offensives adverses. Le plan de Vaughan restait clair : casser les jambes du champion avec de lourds coups au corps. Et cela semblait fonctionner.
Le combat bascula à partir du cinquième. Ursu trouva enfin de la régularité dans ses touches et ouvrit une vilaine coupure au-dessus de l’œil gauche de Vaughan. Le sang coulait directement dans l’œil, et le champion se sentit pousser des ailes. En fin de reprise, il toucha presque à volonté, profitant de la gêne évidente du Britannique.
Le sixième round tourna à la boucherie. Ursu écopa à son tour d’une coupure à l’œil droit. Deux hommes, deux visages fendus, aucun pas en arrière. Les échanges restèrent furieux, mais les coups d’Ursu claquaient plus sec, plus lourds. Les visages se confondaient dans un mélange de sueur et de sang.
Les deux se levèrent pour le huitième, couverts du rouge de l’autre. Cette fois, l’arbitre et le médecin mirent le holà. La coupure de Vaughan fut jugée trop grave. Arrêt du combat. TKO en huitième reprise pour Ursu.
Le champion conserve sa ceinture britannique et son titre Commonwealth, mais sort du ring avec plus de questions que de certitudes. Sa défense permissive lui a coûté cher sur le plan physique. Vaughan, lui, perd, mais quitte la scène la tête haute après avoir sérieusement bousculé le patron.
Hysa – Narmo : le Viking tombe en un éclair
Retour chez les lourds avec Nelson Hysa, invaincu, opposé à Thomas Narmo, surnommé “The Last Viking”, lui aussi invaincu avec 14 combats, 14 KO. Sur le papier, un duel de puncheurs. Dans les faits, un suspense très bref.
Le début se révéla timide. Deux colosses qui se jaugent, jabs timides, déplacements lourds. Narmo se montrait vulnérable en sortant de la distance, menton haut, ligne droite. Hysa le vit tout de suite, esquissa un sourire. Il savait où frapper.
La deuxième reprise fut fatale. Le temps de marcher jusqu’au ring avait presque duré plus longtemps. Hysa décocha un énorme overhand du droit, plein menton. “The Last Viking” s’effondra. Il se releva, mais l’esprit n’y était plus. L’arbitre stoppa justement les débats, évitant une fin de combat bien plus brutale.
KO au premier round. Hysa porte son invincibilité à 25 combats et conserve son titre WBO Global. Un message clair envoyé à la catégorie : il ne vient pas pour faire des rounds.
Noakes – Berinchyk : la patience récompensée, la route du titre se rouvre
En chief support, un combat qui aurait pu être pour un titre mondial si Denys Berinchyk n’avait pas perdu sa ceinture WBO des légers, terrassé par Keyshawn Davis lors de son précédent combat. En face, Sam Noakes, de retour sous les projecteurs après sa guerre perdue contre Abdullah Mason. Il restait sur une victoire express à York Hall, stoppage en deux rounds, mais ici, le niveau montait d’un cran.
Berinchyk démarra en mouvement permanent. Sur son vélo, esquives, déplacements, jab soigné. Il refusa l’échange frontal, glissant hors de portée, faisant dérailler les attaques de Noakes. L’Anglais, lui, cherchait le chaos sur chaque coup, mais peinait à toucher proprement. Le grand ring jouait pour l’Ukrainien, qui flottait, piquait, disparaissait.
Au quatrième round, Berinchyk passa en garde sudpaw et plaça quelques gauches cinglantes. Noakes, obstiné, tenta de l’aspirer dans une guerre de tranchées. Il se rapprocha, travailla au corps dès qu’il parvenait à le coincer. S’il voulait casser ces jambes à ressort, il n’avait pas d’autre choix.
Le cinquième changea la physionomie. Noakes parvint à enfermer Berinchyk dans les coins à plusieurs reprises, l’y poussant avec un jab plus vif, puis enchaînant en deux ou trois coups au visage et au corps. Rien d’un monologue, mais l’Anglais avançait sans se soucier de ce qui revenait. Il imposait son volume, son poids, sa volonté.
Peu à peu, le ring rétrécit pour l’ancien médaillé d’argent olympique. Noakes le força à des échanges qu’il n’avait pas prévus. Le visage de Berinchyk rougit, les marques s’accumulèrent. Le combat glissait vers le coin du Britannique.
Les mains rapides de l’Ukrainien restaient un danger. Noakes dut accepter de prendre pour donner, d’encaisser un coup pour en placer un. Berinchyk, lui, commença à souffrir de la puissance et du gabarit adverse. Noakes descendit intelligemment ses attaques au corps, sapant l’énergie de son rival.
À l’orée de la dernière reprise, l’avantage semblait du côté de Noakes, plus régulier, plus actif. Berinchyk trouva pourtant un second souffle, restant un peu plus près, déclenchant des uppercuts et des crochets avant. Trop tard pour renverser la tendance, mais assez pour rappeler son niveau.
Les trois juges donnèrent la victoire à Sam Noakes, à l’unanimité. Une performance construite, patiente, contre un ancien champion du monde. Le Britannique se remet sur les rails d’un nouveau combat pour une ceinture majeure. Après une telle soirée, la question n’est plus de savoir s’il le mérite, mais quand l’occasion se présentera.




