Sonal Dinusha sauve le nul pour le Sri Lanka contre l’Inde
À la fin, ce n’est plus vraiment un match, c’est un siège. L’Inde tourne autour, frappe de tous les côtés, change de plans, de bowlers, de champs. Au centre, un homme refuse de céder : Sonal Dinusha.
Le cinquième jour du deuxième Test à Colombo s’achève sur ce sentiment-là : l’Inde a tout tenté, le Sri Lanka a tout encaissé. Et le résultat, désormais inévitable, porte un nom très simple pour les locaux : nul sauvé.
Dinusha, troisième centurie de la série et une résistance de vieux briscard
Sonal Dinusha n’a pas 30 ans, mais il a joué ce cinquième jour comme un vétéran qui a déjà survécu à mille batailles. Coincé sur 98 à l’heure du thé, le gaucher finit par décrocher sa troisième centurie de la série dans la dernière session. Encore. Toujours lui.
Ce n’est pas seulement le volume de runs qui marque, c’est la manière. Il est diminué, visiblement touché au dos, se déplace moins bien, délègue le strike à Lahiru Kumara dès qu’il le peut, mais reste planté au milieu comme une ancre. Il gère le tail, choisit ses coups, étire chaque over, chaque minute.
Son arme ? Le sweep. Inlassable, précis, presque cruel pour les spinners indiens. Comme Ben Duckett ou Tom Latham ces dernières années, Dinusha transforme ce coup en bouclier et en aiguillon. Il prend son simple, parfois la limite, mais surtout il casse le rythme. Ravindra Jadeja, Manav Suthar et Saransh Jain le voient revenir balle après balle, sans se précipiter, sans s’énerver.
Dans cette série, il a déjà empêché le Sri Lanka de sombrer. Ce cinquième jour, il le sort carrément du trou.
L’Inde pousse, le terrain résiste, le temps s’enfuit
L’Inde avait pourtant bien cadré son scénario. En début de journée, il restait quatre wickets à prendre après avoir imposé le follow-on la veille, fort d’un avantage conséquent. Le ciel est dégagé, le soleil tape, pas de nuages menaçants comme la veille. Tout semble en place pour un 2–0 et des points précieux au classement du World Test Championship.
Jadeja et Saransh Jain ouvrent la journée. La surface tourne un peu, mais pas assez pour devenir un piège. On voit la balle mordre, dévier, mais rarement de façon létale. Les batteurs sri-lankais, eux, ont compris qu’ils pouvaient faire confiance à leur défense. Ils jouent chaque balle pour ce qu’elle est, sans panique.
Suthar trouve enfin une récompense en éliminant Keshara Nuwantha, puis plus tard, Jadeja finit par piéger Prabath Jayasuriya après une longue résistance. L’Inde s’accroche à ces brèches. Pourtant, chaque fois que l’on croit la porte entrouverte, Dinusha la referme.
Le nouveau ballon est pris, Mohammed Siraj et Prasidh Krishna reviennent pour une dernière poussée. Shubman Gill change les angles, les champs, les plans. Par moments, il ose même se passer de slip pour renforcer la trappe sur le short ball. Les bouncers fusent, les spinners tournent autour du wicket, puis reviennent over the wicket, cherchent le rough, jouent avec les trajectoires. Rien n’y fait : le temps, plus que les wickets, devient l’ennemi principal.
Lahiru Kumara, l’ombre qui vaut de l’or
Dans cette lutte de fond, un nom surprend : Lahiru Kumara. On l’attend avec la balle, il s’invite avec le bat.
En première manche, il avait déjà grignoté 52 balles. En seconde, il remet ça. Vingt-quatre balles, puis davantage, sans jamais vraiment donner l’impression de paniquer. Il laisse, il bloque, il absorbe. L’Inde resserre le champ autour de lui, lui envoie les short balls, les lignes pleines, les variations de spin.
Pendant que Dinusha gère le score, Kumara gère l’horloge. Chaque over qu’il survit, c’est un peu plus d’air pour le Sri Lanka et un peu plus de frustration pour l’Inde. Quand un tail-ender commence à paraître “confortable”, on sait que le basculement psychologique est en cours.
Jadeja, meilleur bowler… puis blessé
Si un homme a semblé capable de faire basculer ce dernier jour côté indien, c’est bien Ravindra Jadeja. Ligne stump-to-stump, variations fines, rythme impeccable : il reste le bowler le plus menaçant sur ce terrain plat. Il obtient du tournant, serre les batteurs, provoque les erreurs.
Et puis, coup dur : en plein over, il s’arrête et quitte le terrain, gêné au talon. L’Inde perd soudain son principal poison sur une surface qui ne donne déjà pas grand-chose.
Gill tente alors autre chose. Il fait revenir Suthar, puis donne une nouvelle chance à Saransh Jain, qui avait déjà brillé plus tôt dans le match avec des wickets importants, notamment ceux de Lahiru Kumara et Sonal Dinusha en première manche. On évoque même l’idée de donner quelques overs à des part-timers comme Yashasvi Jaiswal ou Devdutt Padikkal. Quand un capitaine commence à regarder vers ses batteurs pour trouver des overs, on comprend à quel point la situation est serrée.
Le tournant manqué : une fenêtre qui se referme
L’Inde a eu sa fenêtre. Elle s’est ouverte la veille.
Sur la fin du quatrième jour, sous un ciel qui se chargeait déjà, les visiteurs avaient frappé fort : trois wickets en moins d’une heure, Niroshan Dickwella, Dhananjaya de Silva et Pasindu Sooriyabandara, et un Sri Lanka à 228/6 en follow-on, encore derrière au score et au bord de la rupture.
La pluie a stoppé cette dynamique nette. Le lendemain, le décor a changé : soleil, chaleur, terrain assoupli, balle plus molle après le 30e over, comme l’avait expliqué Sairaj Bahutule. La fenêtre s’est refermée. À partir de là, chaque over sans wicket a renforcé l’idée d’un nul possible, voire probable.
Lorsque la dernière session du cinquième jour débute, le ton du match est clair : l’Inde doit arracher quatre wickets sur une surface docile, le Sri Lanka ne pense plus qu’au temps. Plus les minutes défilent, plus le nul prend forme. À une quarantaine de minutes de la fin, on sait déjà que les arbitres finiront par consulter les capitaines. Le consensus se dessine : ce Test ne tombera pas.
Une série qui change de visage
Ce deuxième Test ne sera pas celui du clean sweep rêvé par l’Inde, même si la domination globale reste incontestable. Le choix d’imposer le follow-on, logique au vu du contexte et de la météo, a exposé des bowlers déjà usés à un long deuxième effort. Les spinners ont manqué de soutien du terrain, les seamers ont dû enchaîner, et la fatigue a fini par s’inviter dans l’équation.
Pour le Sri Lanka, cette journée vaut presque une victoire morale. L’équipe a été dominée, bousculée, parfois malmenée, mais elle sort de cette rencontre avec une certitude nouvelle : elle tient un noyau dur capable de résister à l’une des meilleures attaques du monde sur cinq jours. Dinusha, Nuwantha, Pasindu, Kamindu Mendis, Kumara avec le bat : autant de noms qui ont, chacun à leur manière, repoussé l’inévitable.
La question, désormais, est simple : cette résistance marque-t-elle un sursaut ponctuel ou le début d’un vrai renouveau pour le Sri Lanka en Test cricket ?




