Steve Smith : Six ans après le scandale du sandpapergate
Six ans ont passé, mais Steve Smith n’a toujours pas quitté Johannesburg. Pas vraiment. À l’heure où l’Australie s’apprête à retrouver l’Afrique du Sud pour sa première série de Test sur place depuis le scandale du « sandpapergate », l’ancien capitaine admet que les cicatrices restent à vif.
Le décor est connu. Mars 2018, troisième Test de la tournée. Cameron Bancroft est surpris en direct, glissant du papier de verre sur la balle lors de la deuxième manche sud-africaine. À la fin de la journée, il avoue avoir tenté d’altérer l’état de la balle. Steve Smith, capitaine, reconnaît avoir été au courant. Le choc est planétaire, le retentissement, politique : le Premier ministre de l’époque, Malcolm Turnbull, parle d’une nation « amèrement déçue ».
La chute de Smith est brutale. Destitué de son brassard, suspendu un an par Cricket Australia, il fond en larmes devant les caméras à l’aéroport de Sydney, au retour d’une tournée terminée dans l’humiliation. Une image devenue symbole. Et pour lui, un traumatisme.
« Je ne suis pas un grand fan des caméras, je deviens anxieux dès qu’il y en a », confie-t-il dans un entretien à News Corp publié jeudi. « Ça a été une expérience traumatisante dans ma vie, et quand j’entends le flash d’un appareil, ça me fait revivre tout ça, d’une certaine manière. »
Le couloir de Johannesburg
Smith rembobine ces heures qui ont tout fait basculer. L’appel de James Sutherland, alors directeur général de Cricket Australia, lui annonçant une suspension d’un an. Puis l’aéroport de Johannesburg, saturé de journalistes, de téléphones, de cris.
« Les 24 à 48 heures après avoir été informé que j’étais banni pour un an, le passage à l’aéroport de Johannesburg, où j’ai été littéralement pris d’assaut, puis le vol retour et cette conférence de presse… J’ai encore de petits flashbacks, par moments », raconte-t-il.
La phrase qui claque, presque autant que les flashs : « J’ai eu l’impression d’être jeté aux loups dans cet aéroport. Je n’avais absolument aucun soutien. »
À ses côtés, deux autres figures de l’équipe tombent avec lui. Le vice-capitaine David Warner, suspendu lui aussi un an. Cameron Bancroft, écarté neuf mois. Mais c’est Smith qui porte le poids du scandale, visage d’une équipe accusée d’avoir franchi une ligne rouge.
Descente, puis résurrection
Le joueur de 37 ans ne masque pas l’abîme mental dans lequel il a plongé. « Ça a été une période extrêmement difficile, surtout les premiers jours. Mon état mental n’était pas bon », admet-il. Il ne détaille pas, mais laisse entendre la profondeur du gouffre.
Il a choisi une autre arme : l’oubli. Ou du moins, la tentative d’oubli.
« J’ai essayé d’effacer une grande partie de 2018 et de ce qui s’est passé. Je ne me souviens pas de grand-chose de cette série. J’ai tenté de bloquer tout ça de ma mémoire », explique-t-il encore.
Le temps, pourtant, a fini par lui rendre le terrain. De retour en sélection en 2019, Smith redevient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : l’un des meilleurs batteurs de la planète. Les runs s’enchaînent, la technique fascine toujours, la constance impressionne. Après deux ans d’interdiction de toute fonction de leadership, il retrouve même un rôle officiel : nommé vice-capitaine de l’équipe de Test avant les Ashes 2021-2022, il porte à nouveau le brassard quand Pat Cummins est absent.
Le public, lui, ne pardonne pas toujours. En Afrique du Sud, en Angleterre, dans les stades hostiles, les huées accompagnent chaque entrée au bâton. Smith encaisse. « C’est quelque chose dont j’ai l’habitude, dit-il. J’en ai pris plein la figure à l’extérieur, dans différents stades, tout au long de ma carrière, et c’est quelque chose que je gère à ma manière. Je l’utilise comme motivation pour essayer de bien jouer, pour en tirer quelque chose de positif. »
Retour en Afrique du Sud, mais pas de page tournée
Smith a déjà remis les pieds en Afrique du Sud depuis le scandale, notamment pour une série d’un jour en 2020. Les sifflets, les banderoles, les piques venues des tribunes : rien ne l’a épargné. Pourtant, cette fois, la symbolique sera plus lourde. L’Australie revient pour une série de trois Test, la première sur le sol sud-africain depuis l’explosion de 2018. Le premier match est programmé à Durban, le 9 octobre.
Il assure avoir « avancé » dans sa vie, tiré des leçons de cette tempête. Mais les flashs, eux, ne s’éteignent pas. Le bruit sec d’un appareil photo suffit encore à le replonger dans ce couloir d’aéroport, seul au milieu du tumulte.
Le temps a restauré son statut de joueur. Reste à savoir si cette tournée pourra, enfin, apaiser le reste.




