Tennis : Les joueurs mettent en place un conseil consultatif
Les stars du tennis rangent la fronde publique et misent sur un conseil des joueurs
La bataille ne s’arrête pas. Elle change de terrain. Le groupe de tennismen et tenniswomen qui menait depuis 2025 une campagne très visible pour peser davantage sur les décisions et les revenus des quatre tournois du Grand Chelem va cesser son offensive publique pour déplacer la lutte dans les salles de réunion.
Selon Asharq Al-Awsat, ces joueurs vont désormais défendre leurs intérêts au sein d’un nouveau Player Advisory Council, créé en lien direct avec les organisateurs de l’Australian Open, de Roland-Garros, de Wimbledon et de l’US Open.
De la contestation à l’institution
L’idée est claire : transformer une campagne ponctuelle en un canal de négociation permanent. Dans leur communiqué, les joueurs expliquent vouloir travailler directement avec les tournois du Grand Chelem pour mettre en place ce conseil, qui doit devenir une instance de consultation et de dialogue structurée. Ils y voient un moyen d’être enfin intégrés, de façon durable, aux décisions qui touchent à la gouvernance, à la répartition des revenus et au bien-être des athlètes.
La campagne, lancée en mars 2025, avait posé des revendications fortes :
- un rôle accru des joueurs dans la prise de décision au sein des Grands Chelems,
- davantage de moyens pour le bien-être et la protection des athlètes,
- et surtout une part plus importante des recettes des tournois, avec un objectif chiffré : 22 % des revenus reversés en prize-money d’ici 2030.
Le message était frontal, le ton assumé. Et la pression n’a cessé de monter.
Une pression qui paie
Cette année, le bras de fer a pris une tournure très visible. À Roland-Garros comme à Wimbledon, plusieurs joueurs ont réduit leurs engagements médiatiques avant les tournois, une manière de rappeler que leur temps et leur image ont un prix. Sous cette pression, les quatre Grands Chelems ont tous relevé leurs dotations.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- Australian Open : 79,92 millions de dollars de prize-money,
- French Open : 71,56 millions,
- Wimbledon : 86,79 millions,
- US Open : un record à 108 millions.
Selon les estimations du groupe, plus de 30 millions de dollars d’augmentations récentes sur les majeurs dépassent largement les courbes de progression historiques. Autrement dit, sans cette campagne, ces montants n’auraient sans doute jamais atteint ce niveau aussi vite.
Roland-Garros a même franchi un pas symbolique en proposant de lier une partie des paiements aux bénéfices réels du tournoi. Un signal fort envoyé à des joueurs qui réclament depuis longtemps que la croissance des revenus ne reste pas cantonnée aux bilans des organisateurs.
Le bien-être des joueurs entre enfin dans les comptes
L’autre victoire notable concerne le bien-être des athlètes. L’US Open est devenu le premier tournoi du Grand Chelem à s’engager à consacrer 2 millions de dollars à ce volet. Une enveloppe dédiée, qui ouvre la voie à des actions concrètes : soutien médical et psychologique, meilleures conditions de voyage, accompagnement des joueurs moins bien classés, entre autres pistes possibles.
Les joueurs saluent cette avancée, tout en la jugeant comme un point de départ. Ils espèrent que ce montant augmentera et, surtout, que les trois autres majeurs suivront la même voie avec des engagements similaires.
Une trêve… sous conditions
Pour autant, le cœur de la revendication n’est pas encore atteint. L’objectif des 22 % des revenus des tournois alloués aux prize-money d’ici 2030 reste, à ce stade, hors de portée. Les athlètes le reconnaissent, tout en rappelant que la dynamique actuelle va dans leur sens, avec une hausse « substantielle » des dotations depuis le début de leur campagne.
C’est dans ce contexte qu’ils acceptent de ranger les banderoles publiques pour miser sur le nouveau conseil. Une trêve, mais certainement pas un abandon.
Les joueurs préviennent déjà : si ce Player Advisory Council ne permet pas de concrétiser les objectifs affichés – sur la part des revenus, sur le bien-être, sur la gouvernance – la campagne pourrait reprendre. Et cette fois, avec l’expérience d’un premier bras de fer gagné sur le terrain des chiffres.
Les Grands Chelems ont répondu par des millions. Reste à savoir s’ils accepteront, demain, de partager aussi davantage de pouvoir.




