Test d’Edgbaston : Razaullah relance un match que l’Angleterre croyait gagné
L’Angleterre aura 130 runs à marquer pour gagner le troisième Test. Sur le papier, une formalité. Sur le terrain d’Edgbaston, après ce que le Pakistan a livré vendredi, rien n’est acquis.
Le jour s’annonçait long pour les visiteurs. Menés de 268 runs au début de la journée, à 55-2 et encore cabossés par une tournée chaotique, ils semblaient condamnés à glisser vers une défaite rapide. Au lieu de ça, ils ont rendu au public un vrai Test match. Et offert à la planète cricket un nom à retenir : Razaullah.
Masood, Awais, Babar : la reconstruction patiente
Le Pakistan sortait de 133 misérables runs au premier innings. Sur cette même pelouse d’Edgbaston, il n’avait encore jamais dépassé 200 ni tenu plus de 51 overs dans la série. Vendredi, le scénario a basculé.
Shan Masood et Azan Awais ont d’abord éteint l’Angleterre. Leur partenariat de 125 runs au troisième guichet a changé le ton du match. Awais, 21 ans, élégant côté off, a joué avec une maturité étonnante avant de céder pour 59, pris down the leg side sur un léger contact au bat face au spin de Dan Lawrence.
Masood, lui, semblait filer vers un au revoir idéal. Calme, solide, il se dirigeait vers un siècle pour ce qui ressemble à son dernier Test dans le pays où il a fait ses études. Il s’arrête à 95, victime d’un moment de pur génie : une prise à une main de Lawrence au gully sur une balle de Gus Atkinson. Cruel, mais spectaculaire.
Le relais est alors assuré par le capitaine. Babar Azam déroule un 76 d’école, fluide, classieux. Quand l’Angleterre change de plan et bombarde de bouncers autour du thé, le capitaine se trouble, hésite, finit par céder sur un short ball de Josh Tongue. Son wicket lance une mini-débâcle : quatre guichets pour 40 runs. On croit alors la rencontre pliée en trois jours.
On se trompe.
Quand le “Razball” embrase Edgbaston
À 318-8, le Pakistan est encore mené de deux runs. Il reste plus de deux heures à jouer. L’Angleterre flaire la victoire anticipée. Razaullah, numéro neuf pour son premier Test, décide que la soirée prendra une autre tournure.
Ce qui commence comme du hitting libéré se transforme en innings qui change le match. 81 runs en 63 balles. Neuf sixes, l’égalité avec le record de Ben Stokes pour le nombre de maximums dans un innings de Test en Angleterre. Une brutalité propre, nette, qui fait vaciller un bowling anglais jusqu’ici dominateur sur toute la série.
Avec Muhammad Abbas, il construit un huitième wicket de 121 runs. Abbas, lui aussi, se lâche : 42 avec deux sixes, des reverse-sweeps sur Lawrence, un énorme coup au-dessus de cow corner sur Ollie Robinson. Edgbaston, jusque-là assez sage sur cette série, se réveille d’un coup.
Atkinson se fait envoyer dans le chantier en construction du stade, trois sixes dans le même over. Jofra Archer se fait frapper deux fois de suite par-dessus la tête. Les champs se dispersent, les bouncers pleuvent, mais Razaullah continue d’arroser les tribunes.
L’Angleterre ne trouve plus la cible. Quand elle y parvient, la défense pakistanaise tient. Joe Root choisit d’utiliser Lawrence avec la deuxième nouvelle balle, laissant Robinson de côté malgré sa forme étincelante sur la série. Décision étrange, et vite punie.
Une fin de journée sous tension, un nouveau héros pour le Pakistan
À mesure que la lumière baisse, une autre inquiétude monte : et si le Pakistan allait filer jusqu’au bout de la journée avec cette huitième paire ? Abbas finit par craquer, pris à point sur une balle de Tongue. Mais le show continue.
Razaullah égale d’abord le record de sixes d’un débutant en Test, détenu par Tim Southee, avec ce neuvième maximum claqué sur Lawrence. Il arrache ensuite un immense rugissement du public en renversant une décision lbw grâce à la vidéo. Puis, enfin, la faille : une sortie de sa zone, un pas de trop, et Lawrence le fait stumper.
Il quitte la pelouse sous une ovation debout. Dans un tour qui flirtait avec le ridicule sportif depuis son arrivée, le Pakistan tient d’un coup une figure, une énergie, une preuve de caractère.
Le total grimpe à 449. L’Angleterre, qui menait la danse, se retrouve à devoir chasser 130 runs au quatrième jour. Rien d’insurmontable. Mais plus rien de confortable.
L’Angleterre secouée, des questions pour la nouvelle ère Root
Jusqu’à cette fin de journée, l’attaque anglaise contrôlait la série. Les plans fonctionnaient, les longueurs étaient bonnes, les prises propres. Quand la balle bougeait, les batteurs pakistanais pliaient. Vendredi, ce schéma a été brisé.
Face au top order, l’Angleterre a pourtant bien travaillé. Longueur tenue, bouncers déclenchés au bon moment, prises difficiles assurées. Puis Razaullah et Abbas sont arrivés, et tout s’est déréglé.
Champs éclatés pour des bouncers à répétition, stumps rarement visés, quand ils le sont la défense tient. Robinson, en pleine forme depuis le début de la série, reste à l’écart au moment de prendre la deuxième nouvelle balle. Archer laisse filtrer sa frustration face au traitement que lui inflige Razaullah. Root quitte brièvement le terrain. À la fin, Atkinson se retrouve à enchaîner les bouncers avec huit joueurs en bord de corde. Image d’une équipe soudain à court d’idées.
Les derniers wickets tombent comme un soulagement, presque un soupir collectif. L’Angleterre quitte la pelouse secouée, mais toujours favorite pour un sweep 3-0.
Reste une question, désormais : cette chasse à 130 runs sera-t-elle une formalité… ou le Pakistan, réveillé trop tard, a-t-il encore un dernier coup de griffe à donner à Edgbaston ?




