Tests Angleterre-Pakistan : analyses et notes des joueurs
Sous un ciel bas et lourd, cette série de trois Tests entre l’Angleterre et le Pakistan s’est achevée comme elle avait commencé : dans la tension, avec des carrières relancées, d’autres brutalement freinées, et quelques certitudes fortes de part et d’autre. Ce dernier match, disputé dans des conditions de batting délicates, a servi de révélateur. Pour certains, un billet probable pour la tournée hivernale. Pour d’autres, un hiver de doutes.
Angleterre : entre confirmations et points d’interrogation
Emilio Gay a choisi la manière dure pour signer son meilleur score en Test. Un 60 rugueux, arraché dans une première manche où chaque run coûtait cher, qui semblait l’installer dans l’avion pour l’Afrique du Sud. Puis est venu le rappel à la réalité : un duck au second tour, et avec lui un voile d’incertitude sur son statut. Note : 6 (Série : 6).
À l’autre bout du spectre, Ben Duckett a vécu une fin d’été cauchemardesque. 11 et 0 dans ce match, 44 runs à 8,8 de moyenne sur la série. Pour un ouvreur, c’est rédhibitoire. Il va passer l’hiver sous la loupe des sélectionneurs. Note : 2 (Série : 2).
Jordan Cox, lui, a profité de la moindre ouverture. Un départ bon marché dans la première manche, mais une réponse glaciale dans la seconde : 59* sans trembler, exactement au moment où la poursuite anglaise vacillait. Et puis ce rôle improvisé au gant après la blessure de Jamie Smith : cinq dismissals, une assurance tranquille derrière les stumps qui ne passera pas inaperçue dans les réunions de sélection. Note : 7 (Série : 7).
Joe Root n’a pas échappé aux débats. Sa gestion tactique pendant la deuxième manche pakistanaise a laissé des questions en suspens. Mais quand il a fallu finir le travail, il était là : 62* pour boucler la série. Reste ce chiffre têtu : 10 lbw en 14 innings. Pour le meilleur run-scorer de l’histoire anglaise, un réglage technique s’impose. Note : 7 (Série : 7).
Harry Brook a offert son visage le plus mûr de l’année. Une première manche jouée avec discipline et concentration, alors que le Pakistan s’accrochait au match. 75, gâchés par un run out alors que le siècle se dessinait. Mais l’essentiel est ailleurs : 215 runs à 53,75, meilleur marqueur de la série. Une signature forte. Note : 7 (Série : 8).
Baladé dans l’ordre de batting, Dan Lawrence n’a pas tremblé. Un 65 mesuré, sûr de lui, qui donne l’impression d’un joueur enfin prêt à s’installer au milieu. Son bowling reste sous-utilisé, mais une moyenne de 46,75 sur la série pèse lourd dans un dossier de tournée hivernale. Note : 7 (Série : 7).
Jamie Smith n’a pas retrouvé totalement sa fluidité habituelle, mais deux demi-centuries consécutives en Tests valent largement le détour. Correct derrière les stumps lors de la première manche pakistanaise, il a ensuite cédé sa place à cause d’une blessure au doigt. Frustrant, mais pas rédhibitoire. Note : 6 (Série : 6).
Gus Atkinson a cru revivre le scénario du fast-bowler mal payé de ses efforts. Sans wicket dans la première manche, l’histoire semblait écrite. Puis un changement de bout, la City End, et la fatigue chassée : trois wickets pour alléger l’humeur et rappeler qu’il peut faire mal. Note : 6 (Série : 5).
Jofra Archer, lui, a ramené le bruit. Il a pris des coups dans la deuxième manche, mais n’a jamais perdu en vitesse ni en agressivité. Un bouncer brutal pour éteindre Saud Shakeel a servi de rappel : quand il est en forme, il change la physionomie d’un match. L’Angleterre sait qu’elle joue gros sur les 12 prochains mois en espérant le garder fit. Note : 7 (Série : 8).
Et puis il y a Ollie Robinson, patron incontesté du Dukes en Angleterre. Encore une démonstration de contrôle, de longueur parfaite, de menace constante. 21 wickets à 8,76 sur la série, des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. En prime, un petit half-century en roue libre le deuxième jour pour régaler le public. Note : 8 (Série : 9).
Josh Tongue a, lui, nettoyé le bas de l’ordre pakistanais dans la première manche avec un 4-42 clinique. 19 wickets sur l’ensemble des trois Tests, des retours solides et la sensation d’un rouage déjà indispensable dans l’attaque anglaise. Note : 7 (Série : 8).
Pakistan : un nouveau visage, des éclairs et des failles
Du côté pakistanais, la série se termine avec un mélange de regrets et d’espoirs neufs. Azan Awais, encore en phase d’apprentissage au niveau Test, a montré du caractère. Son 59 sur 84 balles dans la deuxième manche, alors que le tableau affichait 0-2, a donné un souffle inattendu à l’ordre supérieur. Un profil à creuser. Note : 7.
À l’inverse, Saim Ayub a incarné la brutalité du haut niveau. Rappelé pour ce Test après un grand ménage dans le groupe, sans premier-class depuis octobre dernier, il est arrivé sans rythme. Le résultat était presque écrit : un pair, et un départ amer. Il sauve un point pour avoir quitté la CPL instantanément afin de répondre à l’appel national. Note : 1.
Abdullah Shafique, auteur de deux half-centuries dans la série, a cette fois été avalé par le ciel plombé et la maîtrise de Robinson. Trois puis zéro, pris deux fois par le même bourreau du Sussex. Note : 1.
Shan Masood, lui, a refusé de se coucher. Dismissal sans relief dans la première manche, mais une réponse de capitaine de batting dans la seconde : 95, composés, obstinés, pour tenir la baraque et signer le meilleur score des visiteurs dans ce match. Note : 8.
Babar Azam a rappelé pourquoi son nom reste associé aux plus beaux batteurs du monde quand il est dans le bon tempo. Un 76 élégant, trop tardif pour inverser le cours de la rencontre. Figure polarisante du cricket pakistanais, il sait que la pression sur son capitanat ne va pas baisser après cette série. Note : 6.
Saud Shakeel a souvent joué avec le feu. Meilleur scoreur de la première manche avec 43, puis 29 avant de subir le missile d’Archer en deuxième. Au final, 204 runs à 34,00, meilleur total pakistanais sur la série. Des chiffres solides, mais qui laissent le sentiment qu’il y avait encore plus à prendre. Note : 6.
Pour Ghazi Ghori, la découverte du Test cricket a été rude. Scores de 4 et 16, peu de poids avec le bat, et des difficultés nettes au gant lorsqu’il a dû rester près des stumps sur de longues périodes, avec 18 byes concédés. Note : 2.
Mohammad Imran a apporté ce que l’on demande à un seamer dans la tourmente : du contrôle. Le plus économique des bowlers pakistanais, il a réussi à freiner l’appétit des batteurs anglais et à ramener un semblant d’ordre dans les chiffres. Note : 6.
La révélation, pourtant, a un nom : Razaullah Khan. 21 ans, un peu de feu dans les yeux et une attitude qui rappelle un jeune Waqar Younis. Son 4-148 en première manche a donné du mordant à l’attaque, mais c’est son 81 au bat qui restera dans les mémoires : neuf sixes, record égalé, une frappe décomplexée qui a électrisé le match. Un joueur qui change l’atmosphère dès qu’il entre en scène. Note : 9.
Mohammad Ali a chassé le wicket avec envie, a souvent battu la batte, mais sans la constance nécessaire. Un problème de no-balls l’a puni au pire moment, lui coûtant le wicket de Root dans la deuxième manche. À ce niveau, ce genre de détail se paye cash. Note : 5.
Enfin, Mohammad Abbas, fidèle à sa réputation de « Mr Dependable ». À 36 ans, il a porté une grosse part de la charge de bowling, sans jamais baisser les bras. Quelques runs précieux en bas d’ordre pour forcer l’Angleterre à rebattre, puis une séance de haute volée le quatrième jour pour faire trembler les hôtes. Note : 7.
La série se referme sur une Angleterre qui connaît mieux ses forces et ses manques, et un Pakistan qui a vu émerger un Razaullah Khan incandescent au milieu des doutes. Les chiffres sont gravés, les notes distribuées. Reste la vraie question : lesquels de ces noms dicteront le récit de l’hiver à venir ?




