Thea Frodin : De doublure de Serena Williams à joueuse de Grand Chelem
Elle a d’abord été Serena Williams pour le cinéma. Désormais, Thea Frodin veut tracer sa propre route sur le ciment brûlant de Flushing Meadows.
De double de film à joueuse de Grand Chelem
Il y a cinq ans, Frodin n’avait que 12 ans lorsqu’elle a été choisie comme doublure tennistique pour incarner une jeune Serena dans le film nommé aux Oscars *King Richard*. Sur le plateau, elle partageait le court avec Will Smith, chargé de donner vie à Richard Williams, père de Serena et Venus.
Pour l’adolescente, déjà fascinée par la championne américaine, le rôle avait valeur de rêve éveillé. Elle confiait au site de la WTA combien le fait de jouer son idole, celle qu’elle admirait depuis ses premiers pas raquette en main, avait été « super spécial » et un honneur rare. Serena, expliquait-elle, reste l’une des grandes sources d’inspiration de sa jeune carrière.
Cette semaine, la fiction cède la place au réel. Frodin va disputer, chez elle, son tout premier tableau principal en simple en Grand Chelem, à l’US Open, sur les mêmes terrains où Serena et Venus reviendront, elles, en double. Une boucle qui commence à se refermer, une autre qui s’ouvre.
Un premier tour XXL face à Elena Rybakina
Le tirage au sort n’a pas été tendre. Ni banal. Pour son baptême du feu, la joueuse classée 580e mondiale a hérité d’Elena Rybakina, numéro deux mondiale, double lauréate en Grand Chelem et tenante du titre à l’Open d’Australie.
Un choc de mondes, presque. Une ado encore en découverte face à une machine à gagner déjà bien installée au sommet. Mais Frodin refuse de se laisser submerger par l’ampleur de l’affiche. Elle l’assume comme une chance.
Elle explique vouloir rester « dans l’instant » autant que possible, profiter de cette opportunité unique, s’amuser, mesurer ce qu’elle vaut face à l’élite. Elle se projette déjà dans le vacarme new-yorkais, persuadée que ce décor électrique correspond à sa nature. Le bruit, la densité du public, l’énergie des tribunes : elle pense s’y fondre naturellement.
Les traces de Serena… jusque dans le geste
Avant de poser ses valises au village de l’US Open, Frodin a passé six mois à arpenter d’autres courts : ceux de *King Richard*. Quelques jours par semaine, elle retrouvait Will Smith et l’équipe du film, souvent sous une pluie froide et tenace. L’acteur, raconte-t-elle, avait pris l’habitude d’apporter de l’eau chaude pour la réchauffer entre deux prises, petite attention restée gravée dans sa mémoire.
Sur le plan tennistique, cette immersion dans la peau de Serena a laissé des marques bien plus profondes qu’un simple souvenir de tournage. À force de reproduire le jeu de la détentrice de 23 titres majeurs en simple, Frodin a commencé à frapper… comme elle.
Une fois le clap de fin donné, ses entraîneurs ont vite remarqué la transformation. Sa gestuelle s’était chargée de Serena, surtout côté revers. Ils ont dû s’employer pour l’aider à retrouver son identité technique, ses propres trajectoires, sa propre signature. Frodin raconte avoir « naturellement » adopté les coups de Serena, avant de s’efforcer de revenir à ses schémas à elle.
Le cinéma lui a offert un costume de légende. New York lui propose désormais un premier grand rôle, sans doublure, face à l’une des patronnes du circuit. La question n’est plus de savoir si elle peut imiter Serena Williams. Elle est de découvrir jusqu’où Thea Frodin peut aller avec son propre jeu.




