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Tiffany Teo remporte l'or en MMA traditionnel à Nagoya

Nagoya, scène d’un basculement historique. Dans le vacarme contenu du Nagoya City Inae Sports Centre, Tiffany Teo a offert à Singapour sa toute première médaille d’or des Jeux asiatiques, en s’imposant en finale des -60 kg en MMA traditionnel face à l’Ouzbèke Khilola Sobirova, le 22 septembre.

Ce n’est pas seulement un titre. C’est une revanche, un symbole, presque un manifeste.

Une revanche et un soulagement

En mai, lors de la finale des Asian Mixed Martial Arts Championships 2026, Sobirova l’avait battue. Ce souvenir-là ne l’a jamais quittée. À Nagoya, Teo est revenue pour régler des comptes, avec une précision glaciale et une détermination qui se lisait dans chaque échange.

La finale a été à l’image de son parcours : rien de facile, rien de donné. Les juges ont attribué un round à chacune. Il a fallu aller en prolongation. C’est là, dans ce temps supplémentaire où chaque erreur peut coûter un titre, que la Singapourienne a fait la différence, jusqu’à arracher la décision et l’or.

Quand tout s’est terminé, le corps encore marqué – des traces de sang sur l’uniforme –, le masque s’est fissuré. Teo a éclaté en sanglots. Son mari et entraîneur, Sim Kai Xiong, l’a alors hissée sur ses épaules, image forte d’une carrière portée à bout de volonté et de sacrifices.

Elle a confié ensuite qu’elle était « vraiment submergée ». Elle n’avait jamais pleuré après un combat. Représenter Singapour aux Jeux asiatiques, assumer les attentes, le poids du drapeau, tout s’est abattu d’un coup. Les larmes, cette fois, étaient de joie.

Une pionnière qui réclame une voie

À 36 ans, Teo sait qu’elle n’a plus dix ans devant elle dans la cage. Elle le dit sans détour : il lui reste « quelques années compétitives ». Mais ce titre n’est pas, à ses yeux, un aboutissement personnel seulement.

Elle se voit comme une pionnière du MMA à Singapour. Et le constat l’inquiète : malgré plus d’une décennie à se battre au plus haut niveau, elle observe que la discipline ne gagne plus vraiment en popularité dans son pays.

Son objectif dépasse donc la simple ligne de palmarès. En venant aux Jeux asiatiques, elle voulait prouver qu’il existe un véritable chemin pour le MMA au niveau national, un cadre, une ambition, comme en boxe, en lutte ou en judo, où des filières structurées mènent à l’équipe nationale et aux grandes compétitions.

Ce titre d’or, elle espère qu’il servira de déclencheur. Qu’il donnera aux jeunes une cible concrète, un rêve à poursuivre. Qu’il poussera les instances à considérer le MMA comme une voie légitime pour porter les couleurs de Singapour.

Un parcours semé de pièges

Son tournoi à Nagoya n’a jamais ressemblé à une promenade. Le 20 septembre, Teo a lancé sa campagne en dominant l’Iranienne Arezou Salimighalehtaki par décision unanime en quarts de finale. Cette victoire lui a déjà offert une place dans l’histoire : première médaille singapourienne en MMA aux Jeux asiatiques, pour une discipline qui effectuait ses débuts au programme continental.

Avec les deux perdantes des demi-finales automatiquement médaillées de bronze, elle était assurée de repartir avec une breloque. Mais elle n’était pas venue pour ça.

La demi-finale contre l’Indienne Suchika Tariyal, le 21 septembre, a viré au casse-tête. Après deux rounds, les deux combattantes étaient à égalité. Une nouvelle fois, tout s’est joué en prolongation. Les juges ont d’abord donné la victoire à Teo. On pouvait croire l’affaire réglée. Pas tout à fait.

Le camp indien a contesté la décision. Conformément au règlement de l’Asian Mixed Martial Arts Association (AMMA), un autre collège d’arbitres a revu la reprise en vidéo. Cette fois, verdict : égalité. Quand les points ne suffisent plus, la balance tranche. Le règlement prévoit alors un départage au poids.

Teo a finalement été déclarée gagnante, plus légère lors de la pesée matinale : 58,8 kg contre 59,85 kg pour Tariyal. Une qualification arrachée au gramme près, qui a renforcé l’impression d’une campagne où rien ne lui serait offert.

De l’ombre au sommet

Ce sacre vient aussi refermer une parenthèse délicate dans la carrière de la Singapourienne. Professionnelle depuis 2016, elle a longtemps évolué sous la bannière de One Championship, où elle a compilé un bilan de 8 victoires pour 2 défaites entre 2016 et 2022. Puis, presque trois ans de silence. Plus de combat, loin de la lumière, dans cette zone grise où beaucoup décrochent.

Elle n’est revenue dans la cage qu’en juin 2025, avec la promotion chinoise JCK MMA. Un retour discret, loin du fracas médiatique, mais essentiel pour remettre le corps et l’esprit dans le rythme. Nagoya a transformé ce lent retour en éclat majeur.

Un signal fort pour Singapour

Cette médaille d’or en MMA traditionnel ouvre la troisième journée des Jeux asiatiques de la plus belle des manières pour la délégation singapourienne, forte de 304 athlètes. Elle s’ajoute à l’argent historique de Gan Ching Hwee sur 1 500 m nage libre et au bronze décroché par Zeanne Law en wushu, dans l’épreuve combinée taijiquan-taijijian.

Lors de la précédente édition, à Hangzhou en 2023, Singapour avait terminé avec 16 médailles (3 en or, 6 en argent, 7 en bronze). Cette fois, le pays voit une nouvelle discipline ouvrir une brèche.

Tiffany Teo vient de gagner un titre. Elle vient surtout de poser une question brûlante à son propre pays : que va faire Singapour de cette pionnière et de la voie qu’elle vient de tracer pour le MMA ?

Tiffany Teo remporte l'or en MMA traditionnel à Nagoya