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Toby Samuel : de l'ombre à la lumière à l'US Open

Toby Samuel, du presque anonymat au coup d’éclat à New York

Sur le court, tout est allé vite. Brutalement vite. Pour son premier match dans le tableau principal de l’US Open, le Britannique Toby Samuel n’a pas tremblé : 6-2, 6-3, 6-2 contre Tomas Machac, ancien 20e mondial, plié en un peu plus d’une heure et demie. Une démonstration, sèche, autoritaire, presque déroutante pour un joueur qui découvrait ce niveau-là en Grand Chelem.

Et pourtant, l’histoire n’a rien d’une ascension linéaire.

De la 2 000e place au top 100

Il y a deux ans à peine, Samuel glissait vers les profondeurs du classement, proche de la 2 000e place mondiale. Son bras droit le lâchait, une contusion osseuse l’éloignait des courts pendant une grande partie de la saison 2024. Le genre de blessure qui casse des carrières avant même qu’elles ne commencent vraiment.

Le décor aujourd’hui n’a plus rien à voir. Avec cette victoire, le joueur de Winchester grimpe dans le top 100 du classement ATP en direct. Un cap symbolique, mais pas seulement. Il empoche aussi 140 000 dollars de prize money, la plus grosse somme de sa jeune carrière. Une bascule économique et sportive.

Son retour, il l’a construit loin des projecteurs, sur le circuit Challenger. L’an dernier, il y a empilé les victoires : 36 succès pour seulement 3 défaites, jusqu’à se réinstaller dans le top 300. Cette saison 2026 l’a propulsé dans une autre dimension.

Un Grand Chelem après l’autre

Samuel a d’abord émergé à Roland-Garros, où il s’est extrait des qualifications pour disputer son tout premier Grand Chelem, sans même avoir joué le moindre match sur le circuit principal auparavant. Un saut dans le vide. Il en est ressorti avec la conviction qu’il appartenait à ce niveau.

La suite a confirmé ce sentiment. Demi-finaliste sur le gazon d’Eastbourne, invité à Wimbledon, puis titré pour la troisième fois de l’année sur le circuit Challenger à Winnipeg, il a enchaîné les jalons d’une progression fulgurante. Sa nouvelle place au classement devrait lui offrir une entrée directe dans le tableau de l’Open d’Australie en janvier prochain. En douze mois, il serait ainsi passé d’un premier top 250 à un tour complet des quatre majeurs.

À New York, il n’a pas eu besoin de ses ressources habituelles de miraculé des qualifications. Cette semaine, il était revenu trois fois d’un set de retard pour se sortir des tours préliminaires. Contre Machac, rien de tout cela : il a dicté le tempo d’un bout à l’autre.

Service impérial, mental solide

Les chiffres racontent une domination nette. Sur les deux premiers sets, Samuel ne concède que cinq petits points sur ses neuf jeux de service. Trois jeux blancs d’affilée, une série de sept jeux remportés consécutivement : Machac étouffe, recule, subit.

Le seul vrai moment de flottement arrive au début de la troisième manche. Mené 2-0, le Britannique pourrait laisser revenir le doute. Il fait exactement l’inverse. Six jeux d’affilée, deux balles de break écartées, et la porte du deuxième tour qui s’ouvre avec fracas.

Là, le défi monte encore d’un cran : Jiri Lehecka, tête de série numéro 18, l’attend. Un test grandeur nature pour mesurer jusqu’où ce jeu agressif et cette confiance nouvelle peuvent le porter.

Du vestiaire de Roland-Garros aux tribunes de Caroline du Sud

Il n’y a pas si longtemps, Samuel regardait les grands noms de loin. À Roland-Garros, il l’avoue, il était impressionné dans les vestiaires par la présence d’Alexander Zverev et des autres cadors du circuit. Aujourd’hui, le regard change. Il sait qu’il peut les affronter. Il doit, comme il le dit, cesser de les voir comme des « stars » et commencer à les considérer comme des adversaires.

Une partie de cette mue s’est jouée loin du circuit professionnel, sur les campus américains. Ancien 57e mondial chez les juniors, il a suivi les conseils de ses parents et choisi l’Université de South Carolina. Là-bas, il a décroché un titre All American en double et s’est habitué à des tribunes « super vivantes », bruyantes, intenses. Parfait terrain d’entraînement pour l’ambiance électrique de Flushing Meadows.

Pour son premier match dans le grand tableau new-yorkais, plusieurs de ses anciens coéquipiers universitaires avaient fait le déplacement. Il leur attribue une part de ce succès, parlant de leur « énergie de combattants » qui l’a aidé à « finir le travail » contre Machac.

Une famille de tennis, un calendrier qui s’accélère

Ses parents, eux, n’étaient pas en tribune cette fois-ci. Après l’avoir soutenu pendant tout le parcours en qualifications, ils ont traversé de nouveau l’Atlantique pour accompagner son frère, lui aussi engagé dans une aventure universitaire aux États-Unis. Une autre étape, une autre histoire de tennis.

Son père devrait revenir pour le deuxième tour. Il trouvera un fils transformé : un joueur qui, en quelques mois, est passé du circuit secondaire à l’arène des grands, avec un classement qui explose, un style affirmé et un horizon soudain dégagé.

Face à Jiri Lehecka, Samuel saura vite si cette semaine new-yorkaise restera un simple jalon ou le vrai point de bascule d’une carrière qui, il y a peu, semblait encore si fragile.