Tuchel défend ses choix après la défaite contre l'Argentine
Thomas Tuchel refuse de laisser sa Coupe du monde se résumer à une demi-heure fatale contre l’Argentine. Sous le feu des critiques depuis la défaite 2-1 des Three Lions en demi-finale, le sélectionneur anglais assume ses décisions… et assure que, dans la rue, on lui parle de tout sauf de ses remplacements.
L’Angleterre menait pourtant. Un but d’Anthony Gordon en seconde période, le contrôle du match, l’impression d’avoir enfin trouvé la bonne formule dans un grand rendez-vous. Puis le scénario a basculé. Enzo Fernandez a frappé tard, Lautaro Martinez a achevé le retournement de situation. Et les regards se sont tournés vers le banc anglais.
Tuchel avait choisi d’introduire trois défenseurs avant l’égalisation de Fernandez. Une bascule tactique qui a vu l’Angleterre reculer, subir vague après vague d’attaques argentines, jusqu’à céder sous la pression.
L’Allemand, lui, ne veut pas réduire l’aventure à ces choix-là.
« 99,9 % des fans ne parlent pas des remplacements, des ajustements tactiques ou des détails tactiques », a-t-il lancé devant la presse. « Ils parlent de l’endroit où ils ont regardé le match contre le Mexique, et ils parlent de l’énergie de la seconde période contre la Croatie. »
Il déroule alors ce qu’il considère comme l’héritage réel de ce tournoi : « Ils parlent de combien c’était stressant de regarder notre match contre le Congo et de l’endroit où ils ont célébré. C’est ce que je reçois comme retour. C’est ce que nous avons créé, et c’est comme ça que ça doit être. »
Pour Tuchel, la Coupe du monde dépasse le débat des systèmes et des changements à l’heure de jeu. « C’est fait pour connecter les gens et leur donner des expériences qu’ils n’oublieront pas. Ça me rend fier, ça me rend heureux. Même si c’est juste dans un taxi, dans un café ou au supermarché, on partage ces petits moments et on comprend que ça a vraiment compté. Ça a montré que ce que les joueurs ont construit a été transmis, et c’est là-dessus qu’on veut s’appuyer. »
Une lecture qui heurte une partie du public
Cette vision tranche avec le ressenti d’une bonne partie des supporters. Pour eux, les trente dernières minutes contre l’Argentine restent le cœur du problème. Le moment où, une nouvelle fois, l’Angleterre a semblé s’éteindre au seuil de l’histoire.
Tuchel, lui, insiste sur les « beaux » moments évoqués lors de sa revue de tournoi avec la fédération. La fraternité dans le groupe. Le match pour la troisième place, remporté face à une équipe de France qu’il décrit comme « peut-être le groupe le plus fort du monde », même si la rencontre ressemblait à un match sans véritable enjeu sportif.
Il rappelle aussi que cette troisième place constitue le meilleur résultat anglais en Coupe du monde depuis 1966. Un fait qu’il veut remettre au centre du tableau, là où beaucoup ne voient qu’une nouvelle occasion manquée après les campagnes de Gareth Southgate, déjà tout près du but à deux reprises.
Derrière le discours positif, une question plane : qu’est-ce qui changera vraiment la prochaine fois, alors que les mêmes erreurs semblent se répéter à l’approche de la ligne d’arrivée ?
Soutenu avant même le Mexique
Tuchel a par ailleurs révélé qu’il connaissait son sort avant même le match de phase de groupes contre le Mexique. Son avenir ne dépendait pas de cette Coupe du monde.
« J’ai senti le soutien total de tous mes supérieurs pendant tout le tournoi », a-t-il expliqué. « Avant le match contre le Mexique, ils m’ont dit : nous savons que tout peut arriver dans un match de football, mais ne t’inquiète pas, nous voyons ce qui se passe. »
Ce cadre lui aurait donné les coudées franches, y compris pour ces fameux changements si contestés face à l’Argentine. « J’ai ressenti cette forme de liberté pour faire mes choix et entraîner librement. Je n’ai jamais douté une seconde que nous continuerions ensemble, et il était clairement évident qu’eux non plus n’avaient aucun doute. La réflexion est parfois nécessaire pour progresser et l’expérience est une part cruciale. »
Tuchel reste donc en place, conforté par la fédération, convaincu d’avoir bâti quelque chose de solide avec son groupe. Reste à savoir si, la prochaine fois que l’Angleterre se retrouvera face à un géant en demi-finale, ce seront enfin les célébrations… ou encore les changements du sélectionneur dont tout le monde parlera.




