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US Open 2023 : L'absence de Sinner et la montée de Gauff

Le dernier Grand Chelem de l’année s’ouvre dimanche à New York, et l’air de Flushing Meadows est chargé de quelque chose de plus lourd que d’ordinaire : des places de n°1 mondial en jeu, des retours de blessure, des héritages à défendre et, surtout, une impression rare que tout peut basculer.

Serena Williams ne jouera qu’en double, mais son ombre plane toujours sur les courts. Sur le tableau féminin, Aryna Sabalenka arrive en tête de série n°1 et double tenante du titre à l’US Open. Elle mène un plateau dense où figurent Elena Rybakina, n°2 mondiale, et les deux patronnes du tennis américain actuel, Jessica Pegula et Coco Gauff.

Sabalenka joue gros : conserver sa place de n°1 WTA. Mais le décor est clair. Rybakina, Pegula et Gauff ont chacune une voie possible vers le trône, selon leur parcours new-yorkais.

Gauff–Pegula, la piste américaine vers le sommet

Pour les journalistes de USA TODAY, le scénario qui se dessine a des couleurs étoilées. Scooby Axson, Cydney Henderson et Danielle Lerner voient tous Coco Gauff et Jessica Pegula atteindre le dernier carré. Deux Américaines en demi-finale à New York, ce n’est plus un rêve patriotique, c’est une hypothèse de travail.

Axson imagine un tableau presque idéal pour le public : Gauff face à Iga Swiatek, quintuple lauréate en Grand Chelem, et Pegula opposée à Linda Noskova, sacrée à Wimbledon en juillet et figure de proue d’une génération tchèque foisonnante, avec sept joueuses du pays dans le top 50. Selon lui, Gauff domptera Swiatek si son service reste précis, tandis que Pegula écartera Noskova en deux sets pour rallier une deuxième finale à l’US Open.

Henderson raconte la même histoire… en la poussant jusqu’au bout : une finale 100 % américaine entre Gauff et Pegula, comme la semaine précédente à Cincinnati. Elle voit Gauff se coltiner Swiatek en demie, la Polonaise ayant, dans son scénario, pris le dessus sur une Elena Rybakina diminuée par une douleur au tendon d’Achille. De l’autre côté, Pegula se frotterait à Sabalenka, sous pression maximale pour défendre son rang. Une pression qui, selon Henderson, finirait par la faire exploser au pire moment.

Lerner, elle aussi, installe Gauff et Pegula en demi-finales, dans la continuité de leur finale de Cincinnati. Gauff croiserait Swiatek, Pegula retrouverait Noskova, décrite comme impressionnante de résistance pendant sa conquête de Wimbledon. Rybakina, blessée à Cincinnati, n’irait pas au-delà des quarts dans cette projection. Même constat pour Sabalenka, jugée fragile mentalement face à des adversaires moins bien classées ces dernières semaines.

Les finales imaginées suivent cette logique :

  • Axson : Pegula – Gauff
  • Henderson : Pegula – Gauff
  • Lerner : Gauff – Noskova

Sur la ligne d’arrivée, les visions divergent. Axson voit Buffalo s’enflammer : Pegula décrocherait son premier US Open et grimperait tout en haut du classement mondial. Henderson et Lerner misent sur la vague Gauff. La première insiste sur sa série de six victoires consécutives, conclue par un succès net à Cincinnati. La seconde parle d’un élan impossible à ignorer et d’un service qui ferait la différence vers un troisième titre du Grand Chelem pour Gauff, et un deuxième trophée à New York.

Un tableau masculin sans Sinner, mais pas sans dangers

Chez les hommes, l’histoire s’écrit sans Jannik Sinner, n°1 mondial, forfait pour une blessure au genou. Une absence qui ouvre brutalement le champ. Le n°1 du tableau, Alexander Zverev, arrive avec un Roland-Garros en poche et l’ambition claire de décrocher un deuxième majeur. Carlos Alcaraz, champion de l’Open d’Australie, revient lui d’une absence de quatre mois sur blessure. Felix Auger-Aliassime, tête de série n°3, cherche toujours sa première finale en Grand Chelem. Derrière, Novak Djokovic, n°4, poursuit une chasse plus personnelle encore : un 25e titre majeur.

Avec Sinner sur la touche, les points ATP sont là, à portée de raquette, pour qui saura tenir deux semaines.

Axson pense que le tournoi est taillé pour un coup d’éclat de Taylor Fritz. Mais, dans son scénario, l’Américain finit par buter sur Zverev, encore une fois. De l’autre côté, il refuse de ranger Djokovic au musée. Le Serbe, selon lui, se fraiera à nouveau un chemin jusqu’aux dernières marches avant de tomber sur nettement plus jeune : Arthur Fils. Le Français de 22 ans, déjà impressionnant à Cincinnati, prendrait alors la lumière et s’installerait durablement dans le top 5.

Henderson trace une autre route américaine. Les joueurs des États-Unis en ont assez d’entendre parler de disette à l’US Open, et l’absence de Sinner combinée au retour d’Alcaraz change la donne. Ben Shelton, irrégulier sur dur cet été – titre à Montréal, sortie précoce à Cincinnati – se réveillerait à New York. Elle l’envoie en demi-finale face à Djokovic. De l’autre côté du tableau, Zverev affronterait Auger-Aliassime pour une place en finale.

Lerner, elle, voit dans cette édition l’une des plus imprévisibles de ces dernières années. Malgré le manque de repères d’Alcaraz et la série d’éliminations précoces de Djokovic sur dur, elle les projette tous deux en demi-finale. Avant cela, un quart Alcaraz – Shelton pourrait, à ses yeux, devenir l’un des matches du tournoi. Sur l’autre moitié, Taylor Fritz, tête de série n°9, se hisserait jusqu’aux demies, où l’attendrait Zverev, n°1 du tableau.

Les finales avancées par les trois journalistes résument cette impression de transition :

  • Axson : Arthur Fils – Taylor Fritz
  • Henderson : Ben Shelton – Alexander Zverev
  • Lerner : Djokovic – Fritz

Pour Axson, la vague Fils ne s’arrête pas là : le Français prolongerait sa série, confirmerait son été et s’inviterait dans un nouveau « big three » aux côtés d’Alcaraz et Sinner. Henderson, elle, offre à Shelton un scénario de rêve : première finale à l’US Open, premier titre du Grand Chelem, le tout à domicile.

Reste une question, en filigrane de tous ces pronostics : dans un US Open où les certitudes vacillent, qui aura les nerfs pour transformer cette brèche en véritable prise de pouvoir ?