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US Open 2023 : Sabalenka et Rybakina en quête de légende

À New York, Aryna Sabalenka se tient au bord d’un territoire réservé aux légendes. Devenir la première joueuse depuis Serena Williams à soulever trois fois de suite le trophée du US Open. Serena l’avait fait entre 2012 et 2014. Depuis, personne n’a même vraiment approché ce genre de règne à Flushing Meadows.

Sabalenka, double tenante du titre, arrive pourtant sans l’aura d’invincibilité qui collait à ses pas ces deux dernières saisons. Son année, à ses standards, est décevante. Et son trône de n°1 mondiale vacille. Elena Rybakina, n°2, pousse fort. Jessica Pegula, n°3, et Coco Gauff, n°4, ne sont pas loin derrière. La quête du triplé se double donc d’une autre bataille : garder la couronne.

Pendant ce temps, chez les hommes, le décor change. Jannik Sinner, actuel n°1 mondial, est forfait sur blessure. Carlos Alcaraz revient en simple après près de quatre mois d’absence. Les deux hommes ont remporté trois des quatre derniers US Open. Sans l’un au départ et avec l’autre en reprise, le tableau s’ouvre d’un coup. Mais pas pour tout le monde.

Rybakina, la voie royale… si le corps tient

Elena Rybakina sait exactement ce qu’elle a à gagner : une première place mondiale historique si elle atteint les demi-finales. Le calcul est simple, le chemin beaucoup moins.

Son talon d’Achille pourrait bien être… son tendon d’Achille. Une alerte à Cincinnati a laissé planer le doute. Elle n’a toujours pas confirmé sa participation. Paradoxalement, le tirage lui offre un début de tournoi presque idéal pour tester sa cheville.

Elle commencera face à Thea Frodin, avant un possible deuxième tour contre Darja Vidmanova. Deux matches pour jauger les appuis, ajuster les déplacements, retrouver des automatismes. Ensuite, fini le rodage.

Un troisième tour potentiel l’opposerait à Maria Sakkari, puis un huitième de finale qui sent la poudre face à Naomi Osaka, double lauréate du US Open. En quart, Rybakina pourrait croiser Iga Swiatek, ancienne n°1 mondiale, qui vient de la battre en finale à l’Open du Canada. Et elle n’a jamais dépassé les huitièmes à New York. La marche vers le sommet mondial se fera donc contre son propre corps, mais aussi contre son passé dans ce tournoi.

Les hommes américains n’auront plus d’excuse

Depuis Andy Roddick en 2003, le tennis masculin américain vit avec la même question, lancinante : à quand le prochain vainqueur du US Open ? Chaque année, la disette revient hanter Flushing Meadows.

Cette fois, la fenêtre semble plus grande qu’elle ne l’a été depuis longtemps. Sinner absent, Alcaraz en reprise, le champ paraît moins verrouillé. Six Américains figurent dans le top 25 mondial : Ben Shelton (n°9), Taylor Fritz (n°10), Frances Tiafoe (n°12), Learner Tien (n°15), Brandon Nakashima (n°17) et Tommy Paul (n°21).

Shelton et Fritz ont déjà marqué l’été sur dur, avec des titres à Washington pour Fritz et à Montréal pour Shelton. Nakashima (finale à Montréal) et Tiafoe (finale à Cincinnati) ont également surfé sur la vague nord-américaine. Le contexte est idéal, le public sera derrière eux. La vraie question est simple : l’un d’entre eux saura-t-il enfin aller au bout à New York ?

Pegula, boulevard tracé vers un rendez-vous avec Sabalenka

Jessica Pegula ne se cache plus. Elle l’a dit : son objectif est de « gagner le tournoi ». Son tableau lui laisse au moins le droit d’y croire.

Elle débute contre Elena-Gabriela Ruse, puis affrontera la gagnante du duel entre Venus Williams et Sofia Kenin. Derrière, un possible troisième tour face à Leylah Fernandez (tête de série n°31), puis un huitième contre Sorana Cirstea (n°16), qu’elle mène 3-1 dans leurs confrontations.

Les choses se corsent en quart de finale avec un potentiel choc contre Karolina Muchova (n°7) ou Elina Svitolina (n°9). Mais la vraie montagne, si tout se déroule comme prévu, se dresserait en demi-finale : Aryna Sabalenka. La même Sabalenka qui l’a battue en finale du US Open 2024 en deux sets, et qui l’avait déjà écartée en demi-finales l’an dernier. Pegula a le tableau, reste à savoir si elle a désormais les armes mentales pour briser ce plafond de verre.

Des premiers tours qui claquent

Le tirage a livré quelques affiches de premier tour qui sentent déjà la nuit électrique à Arthur Ashe.

Chez les hommes, Arthur Fils, tout juste titré pour la première fois en Masters 1000 à Cincinnati après une victoire en trois sets sur Frances Tiafoe, affrontera Stefanos Tsitsipas, tête de série n°10. Le Grec n’a pas dépassé le deuxième tour en Grand Chelem cette saison, mais reste un finaliste de Grand Chelem à deux reprises (Roland-Garros 2021, Australian Open 2023). Un duel entre un jeune en pleine ascension et un joueur en quête de rédemption. Parfait pour lancer la quinzaine.

Chez les femmes, un premier tour attire l’œil : Maja Chwalińska, tête de série n°20 et finaliste de Roland-Garros 2026, face à l’Américaine Taylor Townsend. Townsend adore New York. Deux fois huitième de finaliste au US Open, dont l’an dernier, elle sait comment enflammer les tribunes. Un match de styles, un match de tempérament. À voir, absolument.

Djokovic, la route des 25 ressemble à un marathon piégé

Novak Djokovic poursuit une chasse qui dépasse désormais les frontières du temps : un 25e titre du Grand Chelem, record absolu, hommes et femmes confondus. Mais le tableau ne lui a fait aucun cadeau.

Il commencera par une première confrontation avec Mariano Navone. Ensuite, le décor se durcit immédiatement. Au deuxième tour, il pourrait croiser Matteo Berrettini, finaliste de Wimbledon 2021, ou Stan Wawrinka, triple vainqueur en Grand Chelem. Le troisième tour pourrait l’opposer à Tomas Etcheverry (n°27), avant un huitième de finale possible contre Brandon Nakashima (n°16) ou Andrey Rublev (n°23).

En quart, un obstacle massif : Daniil Medvedev (n°7). En demi-finale, le trio Carlos Alcaraz (n°2), Ben Shelton (n°8) ou Arthur Fils (n°10) se dresse comme un mur mouvant. Et si, à 39 ans, Djokovic atteint encore la finale, Alexander Zverev, n°1 mondial, l’y attendrait. Une quête historique, mais un chemin où chaque marche semble affûtée.

Sabalenka, le spectre de Melbourne et un trône menacé

Aryna Sabalenka connaît déjà ce scénario. Elle avait eu la possibilité de réaliser un triplé à l’Open d’Australie en 2025. Rybakina l’avait stoppée net. À New York, l’histoire se répète : une nouvelle chance de trois-peat, une nouvelle pression monumentale.

Elle n’a pas remporté de Grand Chelem cette saison. Son règne de près de 100 semaines en tant que n°1 mondiale est clairement menacé. Et le tirage ne lui offre aucun répit.

Dès le troisième tour, elle pourrait retrouver Barbora Krejcikova (n°27). Au quatrième, Diana Shnaider (n°15). En quart, Linda Noskova (n°6), sacrée à Wimbledon 2026. Pour conserver sa couronne et entrer dans la lignée de Serena Williams à New York, Sabalenka devra affronter une génération qui n’a plus peur de son nom.

Gauff, championne en forme, tableau infernal

Coco Gauff arrive à Flushing Meadows avec le titre de Cincinnati en poche. Une victoire éclatante, conclue par un succès en finale contre Jessica Pegula. Difficile d’appeler ça une mauvaise dynamique. Pourtant, le tirage l’a placée sur une route semée d’embûches.

Dès le deuxième tour, elle pourrait affronter Paula Badosa ou Daria Kasatkina. Ni l’une ni l’autre n’est tête de série, mais les deux ont déjà fréquenté le top 10 mondial. Badosa vient d’ailleurs de battre Gauff sur gazon à Berlin en juin. Au troisième tour, l’attend potentiellement Sara Bejlek (n°28), avec qui elle vient de disputer une demi-finale à Cincinnati, remportée 6-4, 6-1 par l’Américaine.

En huitième, Gauff pourrait croiser Iva Jovic (n°14) ou Alexandra Eala (n°17). Si elle atteint pour la troisième fois de sa carrière les quarts de finale du US Open, Mirra Andreeva (n°5), championne de Roland-Garros 2026, pourrait se dresser face à elle. Gauff mène 5-0 dans leurs confrontations, dont une victoire sur dur au deuxième tour du US Open 2023 (6-3, 6-2). Mais Andreeva n’est plus la même joueuse depuis son sacre parisien.

Une autre menace plane : Amanda Anisimova, n°10, finaliste du US Open l’an passé, pourrait aussi être son adversaire en quart. Elle mène 2-1 dans leurs duels. Et derrière, en demi-finale, se profilent Elena Rybakina (n°2) ou Iga Swiatek (n°8), six titres majeurs pour la Polonaise, dont le US Open 2022, et un long règne de 125 semaines au sommet du classement. Gauff est en forme. Son tableau exigera qu’elle soit exceptionnelle.

Tiafoe, la main douloureuse, New York en ligne de mire

Frances Tiafoe a pris un risque. Opéré début août pour retirer un kyste à la main droite, il a ignoré les recommandations médicales pour jouer à Cincinnati. « Ils ne voulaient pas vraiment que je joue ici… mais évidemment, chaque athlète est têtu », a-t-il confié après sa victoire en demi-finale.

Il est allé jusqu’en finale, avant de s’incliner lourdement 6-3, 1-6, 6-0 face à Arthur Fils. Temps mort médical pendant le match, puis forfait du double mixte au US Open. De quoi alimenter les doutes sur son état réel.

Et pourtant, c’est à New York qu’il a vécu ses plus grandes émotions : deux demi-finales en Grand Chelem, en 2022 et 2024, toutes deux au US Open. Le tirage lui laisse un peu de marge au départ. Premier tour contre Martin Damm Jr., compatriote qu’il connaît bien, puis un possible deuxième tour face à Aleksandar Vukic, contre qui il mène aussi dans les confrontations.

Ensuite, le mur. Daniil Medvedev (n°7) en huitième de finale, Novak Djokovic (n°4) en quart, Carlos Alcaraz (n°2) en demi. S’il veut poursuivre son histoire d’amour avec Flushing Meadows, Tiafoe devra le faire avec une main encore fragile et un tableau impitoyable.

Venus Williams, le temps qui passe et un premier tour sans cadeau

Serena Williams a encore illuminé New York cette année en atteignant les quarts de finale du double mixte aux côtés de Carlos Alcaraz. Désormais, les regards se tournent vers Venus Williams.

À 46 ans, elle s’apprête à disputer son 26e US Open, grâce à une invitation dans le tableau principal. Le cadeau s’arrête là. Dès le premier tour, elle affrontera Sofia Kenin, lauréate de l’Open d’Australie 2020 sur dur. Venus reste sur deux éliminations d’entrée en Grand Chelem, au US Open l’an dernier et à l’Open d’Australie cette saison.

Le tirage est rude, le défi immense. Mais à Flushing Meadows, chaque apparition de Venus a désormais un parfum particulier : celui d’une championne qui refuse de laisser le temps décider seule de la fin de l’histoire. Reste à savoir combien de soirs encore New York se lèvera pour elle.