US Open : Cogneuses et Miraculés en Action
Le soleil a enfin percé au-dessus de Flushing Meadows, et avec lui une journée dense, parfois folle, où les favoris ont tenu bon… souvent dans la douleur. Entre la résurrection de Madison Keys, la montée en puissance d’Amanda Anisimova, le sérieux clinique d’Iga Swiatek et la disparition étrange de Felix Auger-Aliassime, le tableau a pris un vrai relief.
Anisimova secouée, mais bien là
Sur le Grandstand, Amanda Anisimova a dû s’employer. Vraiment. Face à Lilli Tagger, 18 ans, US Open en découverte mais déjà vrai tempérament de scène, l’Américaine s’impose 6-3, 3-6, 6-1. Le score final est trompeur : ce match-là l’a fait transpirer.
Après un premier set maîtrisé, Anisimova se fait surprendre par l’insolence de la jeune Autrichienne, qui lui arrache le deuxième set et la bouscule en cadence. Le début de troisième manche tourne alors au bras de fer mental. À 3-0, Anisimova se retrouve sur un jeu de plus de neuf minutes, six balles de break à la clé, sauvées une à une par Tagger, qui lâche ses frappes sans peur. Chaque point ressemble à un test de nerfs.
La pression finit par céder. À 4-0, Anisimova arrache enfin un nouveau break, « brisant le dos du match », comme on dit sur le circuit. Elle termine en patronne, 6-1, en ayant clairement haussé le niveau à mesure que l’intensité montait.
La finaliste malheureuse de l’an passé est en troisième tour, avec au programme Anastasia Potapova ou Leolia Jeanjean. Elle est même tête de série pour croiser Mirra Andreeva en huitièmes, un duel générationnel qui a déjà des allures de rendez-vous immanquable. Quant à Tagger, vue la manière dont elle a résisté, on peut déjà noter son nom dans la colonne des promesses qui ne vont pas disparaître.
Khachanov fait tomber un Auger-Aliassime fantomatique
Sur le Louis Armstrong Stadium, le scénario a été beaucoup plus rude pour Felix Auger-Aliassime. Tête de série n°3, en pleine fenêtre de carrière pour enfin basculer vers les très grands, le Canadien s’incline face à Karen Khachanov : (5)6-7, 6-3, 6-2, 6-2.
Le début laissait pourtant espérer autre chose. Auger-Aliassime démarre proprement, prend le premier set au tie-break, claque des coups droits, monte au filet, impose son service. Mais quelque chose se dérègle. Physiquement, surtout. On devine un problème au pied, sans certitude, juste des indices : déplacements lourds, réactions en retard, incapacité à changer de rythme.
Khachanov, lui, ne s’enflamme pas. Il ne matraque pas, il use. Il rallonge les échanges, tient la diagonale, oblige Felix à frapper une balle de plus, encore et encore. Le Russe renverse le match, prend le deuxième set 6-3, puis déroule 6-2, 6-2.
Auger-Aliassime parvient à sauver l’honneur ici ou là, un jeu à 2-5 dans le troisième, un sursaut en début de quatrième, mais le combat est à sens unique. Khachanov reste concentré, ferme l’affaire sans trembler et s’offre un troisième tour face à Benjamin Bonzi ou Ignacio Buse.
Pour le Canadien, la question est brutale : peut-il vraiment franchir un cap quand, dans ce type de match charnière, son niveau stagne ou son corps lâche ?
Keys, cinq balles de match sauvées et un miracle au bout
Sur le Stadium 17, Madison Keys a rejoué avec le feu. Et elle a gagné. La tête de série n°22 s’en sort face à Anna Bondar au terme d’un thriller : 5-7, 6-4, 7-6(5).
La Hongroise mène un set à rien, se retrouve à deux doigts de l’exploit, mais Keys refuse de céder. Son service tangue, son revers la trahit parfois, pourtant son coup droit reste une arme nucléaire. Elle arrache le deuxième set 6-4, puis la troisième manche devient un roman à elle seule.
Bondar sert deux fois pour le match. Deux fois, elle craque. Doubles fautes, coups courts, choix hésitants. Keys, elle, cogne. Elle sauve cinq balles de match, dont certaines en balançant des coups droits sur la ligne comme si elle frappait à l’entraînement, sans filet, sans calcul.
Arrive le super tie-break. Mini-break pour Keys, repris aussitôt. 2-2, 3-3, 5-5. Les deux jouent à quitte ou double, mais une seule semble vraiment assumer ce risque. À 6-5, Keys claque un énorme coup droit long de ligne, puis enchaîne. Elle file à 9-5, quatre balles de match pour elle, et convertit la première occasion. Bondar, qui a vu la porte du troisième tour grande ouverte, va longtemps repenser à cette défaite.
Keys, demi-finaliste ici en 2017, défiera Qinwen Zheng ou Yulia Putintseva. Avec ce genre de survie miraculeuse, elle s’offre au moins le droit de rêver encore.
Osaka avance, Swiatek déroule
Sur Arthur Ashe, Naomi Osaka a connu, elle aussi, un match en montagnes russes. La double championne du tournoi s’impose face à Katerina Siniakova, 6-2, 5-7, 6-1, en laissant filer une situation qui semblait sous contrôle avant de remettre la main sur le match.
Osaka mène 6-2, 5-3, sert pour conclure, se retrouve embarquée dans une spirale de breaks, perd le deuxième set, retombe dans ses doutes. Puis elle repart de l’avant. Son service retrouve de la précision, son coup droit redevient tranchant, et le troisième set vire à la correction : 6-1. Elle affrontera Elise Mertens au prochain tour, avec encore des zones d’ombre, mais aussi cette capacité intacte à produire du très gros tennis dans les moments clés.
Iga Swiatek, elle, n’a laissé aucune prise au suspense. Sur le Grandstand, la Polonaise domine Nadia Podoroska 6-3, 6-2. Elle n’a toujours pas concédé son service dans ce tournoi et n’a perdu que cinq jeux en deux matches.
Après une année 2026 longtemps perturbée par les nerfs, son titre à Toronto lui a rendu son aplomb. Son déplacement est fluide, son revers croisé repart comme au meilleur de ses années de domination, et son regard dit tout : elle se sent à nouveau favorite. Au troisième tour, elle retrouvera Marie Bouzkova, tombeuse expéditive de Harriet Dart (6-2, 6-2).
Le reste du casting se met en place
Taylor Fritz a démarré fort sur Ashe contre Mattia Bellucci, menant 5-0 dans le premier set au moment où la journée s’installait. Mirra Andreeva, Alexandra Eala, Alex de Minaur, Lorenzo Musetti et une armée de jeunes visages complètent un tableau qui commence à ressembler à un choc de générations.
Au milieu de ce tumulte, une constante : les grandes frappes sont déjà là. Anisimova, Osaka, Swiatek, Keys. Toutes ont gagné. Aucune n’a suivi la même route.
La suite est simple : qui saura tenir ce rythme infernal quand la pression montera d’un cran et que les nuits new-yorkaises deviendront plus lourdes que la chaleur de l’après-midi ?




