Yorkshire surclasse Somerset, Sussex bat Nottinghamshire : journée décisive
À Headingley, le vent était glacé, les stewards avaient ressorti les gants. Sur le terrain, en revanche, tout brûlait. Somerset est venu défendre un rêve de titre, il repart avec une claque de 185 runs et une saison soudainement fragilisée.
Cliff, le bourreau local, et la chute de Somerset
Le scénario s’est emballé en 82 minutes. Somerset, 73‑3 au départ de la journée, avait 214 à marquer pour rester pleinement dans la course. Ils n’en ont ajouté que 28.
Les signes avant-coureurs étaient déjà là. Ben Cliff, grand gabarit et longues foulées depuis le Howard Stand End, avait martyrisé les visiteurs depuis le début du match. Il termine avec 11 wickets pour 105 runs, performance majuscule qui lui vaut de quitter la pelouse sous une ovation, ballon levé, saluant sa famille. Un cœur briseur, littéralement, pour Somerset.
La matinée tourne vite au cauchemar. Tom Lammonby pêche au large, extérieur de batte, prise proprement par Jonny Bairstow derrière les stumps : neuvième wicket du match pour Cliff, Somerset 76‑4, et James Rew poussé d’entrée dans un rôle de sauveur. Rew tente de s’accrocher, mais la pression devient étouffante. Six runs en 35 minutes, puis une erreur : un drive risqué, pris en deuxième slip. 79‑6. Les têtes baissées se succèdent vers le vestiaire.
Tom Abell, en élégant pull manches courtes, subit lui aussi la brutalité d’un rebond soudain : la balle fuse, prend le haut de la batte, file vers le point où Will Luxton ne tremble pas. 76‑5, puis 87‑7 quand Craig Overton, lui, n’y va pas avec fracas mais avec un simple edge derrière. Pas de pluie pour sauver qui que ce soit.
Lewis Gregory espère un peu de clémence. Il n’en aura aucune. Richard Kettleborough l’envoie lbw, sans « bénéfice du doute romantique », comme on le murmure sur la pelouse. 88‑8. Roelof van der Merwe et Kasey Aldridge ne peuvent qu’assister à l’inéluctable. Josh Pretorius finit comme tant d’autres : un léger edge derrière sur un George Hill toujours aussi incisif. Somerset s’écroule à 101, et Matt Revis, qui avait « causé toutes sortes de problèmes » la veille avec la balle, termine le travail en fracassant les stumps de Jake Ball. Rideau.
Le contraste est cruel avec la veille. George Hill (89, meilleur score de sa saison) et Dom Bess (77) avaient tenu la baraque de Yorkshire avec un partenariat de 166 pour le septième wicket, mélange de patience et de panache. Hill s’en va sur un pull top‑edgé, Craig Overton le rattrape près de la corde, prend le temps de le féliciter. Bess, l’ancien de Somerset, tombe à son tour, ajoutant un peu plus de matière au discours de témoin que Tom Abell prononcera à son mariage le mois prochain. Ces runs-là, ajoutés aux 275 de Yorkshire dans le deuxième innings, ont posé les bases du piège.
Jason Kerr, coach de Somerset, sort ensuite livide. Il parle d’« extrême déception », souligne une surface « avec une quantité ridicule de vie pour un quatrième jour », reconnaît surtout que « Yorkshire a joué le meilleur cricket ». Les chiffres ne le contredisent pas.
Somerset ira à son dernier match avec 11 points de retard sur Warwickshire. Et l’obligation, désormais, de battre Surrey.
Headingley se ferme, mais Yorkshire se projette déjà
Quand tout est fini, les joueurs de Yorkshire reviennent sur la pelouse pour applaudir les supporters. Headingley se prépare à se verrouiller pour l’hiver, mais l’ambiance reste presque légère. Anthony McGrath, entraîneur, parle déjà de la suite.
Il salue la prestation de Ben Cliff, « l’une des plus satisfaisantes de la saison », insiste sur son travail, sa confiance retrouvée, sa capacité à être « un véritable atout » pour le club. Il souligne aussi la passion de Bairstow, tout juste prolongé pour trois ans, célébrant chaque wicket, même si les runs manquent encore. Et il ouvre la porte à un renfort étranger au bâton pour la saison prochaine, reconnaissant que le top order a « laissé beaucoup de runs en route » au printemps, souvent sauvés par le bas de l’alignement.
En toile de fond, un autre chantier s’ouvre : Yorkshire annonce un partenariat avec Urban Chain pour passer à une alimentation énergétique entièrement renouvelable dès la nouvelle année. Une étape de plus dans une stratégie de durabilité, déjà entamée par une enquête sur les modes de transport des membres du club. Headingley veut se moderniser, sur et en dehors du terrain.
Sussex renverse Nottinghamshire et change la donne
À Hove, l’histoire se raconte à l’envers. Nottinghamshire, tenants du titre, pensaient pouvoir respirer. Ils se retrouvent balayés.
Le tableau brut est sans appel : Sussex 358 et 76‑3 bat Nottinghamshire 240 et 193, succès par sept wickets. Un résultat « à l’envers », dans une semaine de cricket déjà étrange. Nottinghamshire avait été démembré par Ari Karvelas, rappelé en urgence de son travail d’enseignant pour renforcer Sussex. Cinq wickets pour lui dans la seconde manche, top‑order pulvérisé, puis Jaydev Unadkat qui ajoute trois scalps. Notts ne laissent qu’une avance de 31 runs à Sussex au moment de leur deuxième passage au bâton.
La dernière matinée ne laisse guère de suspense. Sussex n’a besoin que de 76 runs. Quelques frissons, un 14‑2 au tableau, Olly Stone qui gratte le sol comme un taureau prêt à charger. Mais la pression se dissout vite. Sussex termine à 76‑3, s’offre une victoire nette, et surtout offre un cadeau inespéré à Warwickshire.
Car ce succès, combiné au naufrage de Notts, change tout en haut. « De nulle part, Warwickshire se retrouve maître de son destin », glisse‑t‑on. Le club de Birmingham, déjà vainqueur à Chelmsford (191 et 138‑2 contre 134 et 189 d’Essex, succès par huit wickets), peut désormais regarder la dernière journée avec un tout autre calme.
Pour Sussex, c’est aussi une journée de larmes discrètes. Hove dit adieu à plusieurs joueurs en fin de cycle. Une page se tourne sur la côte sud, dans un mélange de soulagement sportif et de nostalgie.
Leicestershire, le biopic de Ganguly et une survie à arracher
À Grace Road, le décor est presque surréaliste. Leicestershire vient d’encaisser une pénalité de 27 points infligée par le régulateur, son chef jardinier a expliqué certains problèmes de pitch par le tournage d’un biopic de Sourav Ganguly, « Dada », avec Rajkummar Rao, sur la pelouse même. Et au milieu de ce chaos, le club joue littéralement sa survie.
Le duel contre Hampshire est un match à élimination directe déguisé. Une victoire offrirait au vainqueur une chance, même mathématique, de rester en Division One. Un nul condamnerait tout le monde.
Leicestershire répond avec du caractère. Les six derniers wickets de Hampshire tombent pour seulement 80 runs. La cible est haute, 334, mais les locaux s’accrochent. Rehan Ahmed, 55 avec huit fours, met le feu, même si sa sortie laisse un vide. Rishi Patel, qui dispute son dernier match à Grace Road avant de partir pour Southampton, ajoute 27. En fin de matinée, Leicestershire grimpe à 267‑4, à seulement 67 runs d’un succès qui changerait tout.
Pendant ce temps, le spectre de la relégation plane ailleurs. Un inspecteur de pitch, Andy Mackay, se promène à Headingley, lance des balles, observe des rebonds qui ne rassurent pas les supporters de Yorkshire. Certains commencent déjà à sortir les calculatrices. Une décision défavorable sur la qualité de la surface pourrait encore compliquer les choses pour le club, malgré la victoire éclatante sur Somerset.
Surrey, Glamorgan et une poursuite folle
À The Oval, l’idée d’un exploit prend forme. Surrey, 115 dans le premier innings, se retrouve à devoir courir après un total monstrueux après les 594 de Glamorgan (pour 132 concédés au départ). La cible : 594 à remonter, 435 à marquer dans le deuxième innings.
Rishi Patel, encore lui mais cette fois sous les couleurs de Surrey, joue un rôle central. Il atteint les 100, puis 104*, et mène la charge à 240‑3, puis 291‑4. Ollie Pope, 75, a donné le ton avant de partir. Dan Lawrence prend le relais. À un moment, Surrey se retrouve à 328‑6, Patel stoppé à 132, Lawrence à 46, Thomas battu par une merveille de livraison de Mason Crane. Il reste 284 à inscrire. La poursuite paraît insensée, et pourtant, un parfum d’impossible flotte sur Kennington.
Kent, Northamptonshire, Durham : la bataille de l’ombre
En Division Two, les lignes bougent aussi. Kent bat Lancashire à Canterbury (214 et 142‑3 contre 161 et 192, succès par sept wickets) et se hisse en position idéale pour la promotion. Lancashire, avec huit défaites en dix matches, traverse une saison cauchemardesque, renvoyé « une fois de plus au tableau noir ».
Northamptonshire, rival direct de Kent, bute sur la résistance de Derbyshire. Nick Potts (57) et Randell (45) prolongent la deuxième manche à 286, forçant Northants à courir après 312 pour revenir à hauteur en haut du classement. Ils entament la chasse à 37‑0, puis 152‑0, mais la route est encore longue.
À Chester‑le‑Street, Durham (465 et 235) laisse Worcestershire à 31‑1, avec 222 runs encore à marquer. À Bristol, Middlesex (326 et 361) impose une montagne à Gloucestershire, 315 à poursuivre après un 77‑6 déjà inquiétant.
Warwickshire en contrôle, Somerset dos au mur
La journée se referme sur un constat limpide. Warwickshire, vainqueur à Chelmsford et désormais porté par la chute de Nottinghamshire et la déroute de Somerset, tient les clés du titre. Somerset, lui, se retrouve à devoir battre Surrey pour rester en vie. Nottinghamshire n’a plus droit à l’erreur. Leicestershire joue sa survie sur chaque run.
À Headingley, le drapeau de Somerset a été plié et rangé dans un sac Sainsbury’s. Un détail presque anodin, mais qui dit tout : la fête est finie, pour l’instant. La vraie question, désormais, est simple : qui saura encore se relever quand la dernière semaine frappera à la porte ?




