Alexander Zverev en finale de l'US Open 2024
Alexander Zverev a longtemps attendu. Désormais, il veut que les Américains attendent encore.
L’Allemand s’est qualifié pour sa deuxième finale de Grand Chelem de l’année en domptant Karen Khachanov 6-3, 7-6 (9-7), 7-6 (8-6) en demi-finale de l’US Open, au terme d’un match qui a mis en lumière à la fois sa maturité nouvelle et son entêtement à ne plus rien laisser filer.
Zverev, de la cicatrice de 2020 à la sérénité de 2024
Quatre ans plus tôt, sur ce même Arthur Ashe, il menait deux sets à rien contre Dominic Thiem avant de s’effondrer dans un super tie-break du cinquième set. Une défaite qui l’a poursuivi partout. Cette fois, après avoir pris les devants, il n’a pas tremblé.
Numéro 1 tête de série d’un majeur pour la première fois – statut hérité du forfait de Jannik Sinner, touché au genou – Zverev affiche désormais un impressionnant bilan de 24 victoires pour seulement 2 défaites en Grand Chelem cette saison. Sacré à Roland-Garros, finaliste à Wimbledon, le voilà en route pour une troisième finale majeure consécutive. Et une treizième manche remportée d’affilée à New York.
Il le sait, le vent a tourné en sa faveur :
« Parfois, les choses se mettent simplement de ton côté. J’ai beaucoup galéré en Grand Chelem, j’ai été si souvent tout près. Peut-être que cette année, Dieu a décidé que ce serait la mienne et que je devais juste profiter du temps passé sur le court », a-t-il confié.
Profiter, oui. Mais pas pour tout le monde.
Les États-Unis attendent toujours un champion masculin en Grand Chelem depuis Andy Roddick en 2003, déjà à l’US Open. Vingt et un ans de disette. Interrogé sur cette quête nationale, Zverev a lâché une phrase qui résume bien son état d’esprit : il espère, dit-il, « ne pas réaliser le rêve américain ».
Une affiche américaine en embuscade
L’Allemand affrontera lundi matin (heure AEST) le vainqueur du duel entre Ben Shelton, tête de série numéro 8, et Frances Tiafoe, numéro 11. Deux visages populaires du tennis américain, deux showmen, déjà demi-finalistes à Flushing Meadows mais encore vierges de finale en Grand Chelem.
L’enjeu est limpide : une place en finale, mais aussi le rôle de candidat officiel pour mettre fin à la longue sécheresse du tennis masculin américain. Un seul d’entre eux aura ce privilège. À Zverev de décider s’il en fera une fête nationale ou un nouveau crève-cœur.
Khachanov, la révolte trop tardive
Face à lui, Karen Khachanov arrivait à New York avec un bilan négatif cette saison. Il en repart avec une troisième demi-finale majeure en carrière, la deuxième à l’US Open, et la sensation d’avoir frôlé un tout autre destin.
Le Russe a démarré lentement, cédant le premier set 6-3, puis se retrouvant mené 2-0 dans le deuxième. C’est là qu’il a haussé le ton. Il parvient à enfin breaker Zverev, recolle, et les jeux s’enchaînent sans nouveau break jusqu’au tie-break. Khachanov sauve les deux premières balles de set de l’Allemand, pousse l’échange dans ses retranchements, mais cède finalement au terme d’un rallye étouffant de 34 frappes, conclu par Zverev.
Le troisième set se joue encore au couteau. Dans le tie-break, Khachanov mène 3-0, puis 5-2. L’instant où, dans un autre tournoi, contre un autre Zverev, le match aurait pu basculer. Pas cette fois. L’Allemand resserre le jeu, grignote point par point, renverse le score et s’adjuge la manche et le match, 8-6.
Le niveau affiché par Khachanov dans les deux derniers sets aurait sans doute suffi pour faire tomber Zverev au tout début du tournoi. Mais le numéro 1 tête de série n’est plus le même joueur qu’au premier tour.
Du fond du trou aux portes du titre
On l’a presque oublié tant il domine désormais, mais Zverev a flirté avec la sortie dès les premiers jours. Contre Lorenzo Sonego puis Quentin Halys, il a dû disputer cinq sets à chaque fois, devenant le premier numéro 1 tête de série à aller au bout des cinq manches lors des deux premiers tours d’un Grand Chelem. Près de neuf heures et demie passées sur le court, et un tennis loin de ses standards.
Il raconte avoir tourné la situation en dérision avec son équipe après ce deuxième match : ils ont ri de la pauvreté de son niveau. Une manière de relâcher la pression.
« Ce sens de l’humour m’a aidé », explique-t-il. « Ensuite, j’ai joué un tennis bien meilleur. Évidemment, je me suis un peu amélioré. Sinon, je ne serais pas en finale de l’US Open. »
Le contraste est frappant : d’un début de tournoi hésitant, presque inquiétant, Zverev est passé à une mécanique froide, sûre d’elle, qui verrouille les tie-breaks et empile les sets comme on coche des étapes.
Reste maintenant la dernière marche, celle qui sépare une grande saison d’une saison historique. Une finale contre un public prêt à s’enflammer pour son champion américain, quel qu’il soit. Une finale dans le stade où il a laissé filer, en 2020, le titre qui aurait pu tout changer.
Cette fois, il n’a plus l’intention de laisser quoi que ce soit s’échapper.




