Alexander Zverev remporte son deuxième titre du Grand Chelem
Alexander Zverev a éteint, dimanche soir, un rêve qui enflammait Arthur Ashe Stadium depuis deux semaines. L’Allemand a dompté Ben Shelton en quatre manches, 6-3, 7-6 (2), 5-7, 6-2, pour décrocher son deuxième titre du Grand Chelem et repousser encore l’attente d’un vainqueur américain à l’US Open, plus de vingt ans après Andy Roddick.
Sur le court central de Flushing Meadows, la soirée avait pourtant tout d’une scène écrite pour l’Américain de 23 ans. Public bouillant, attente historique, symbole fort. Mais Zverev, 29 ans, a imposé sa loi, son expérience et un tennis d’une rigueur implacable.
Zverev, le poids des grands rendez-vous
La différence s’est vue dès les premiers échanges. Zverev, déjà finaliste à cinq reprises en Grand Chelem avant ce dimanche, a abordé la rencontre comme un homme qui sait ce que coûte une finale perdue. Service précis, échanges maîtrisés, gestion des temps forts et faibles : l’Allemand a étouffé Shelton dans un premier set à sens unique.
Le score, 6-3, pose le décor. Shelton sert fort, frappe fort, mais bute sur un mur. Zverev ne donne rien. Il installe son schéma, méthodique, presque clinique.
Le match change pourtant de ton dans la deuxième manche. Porté par un public qui hurle à chaque point arraché, Shelton commence à trouver la longueur, à prendre la balle plus tôt, à lâcher des coups droits gagnants qui surprennent enfin l’Allemand. Le bras se libère, le regard aussi. L’Américain accroche le tie-break, le stade gronde, croit au basculement.
Mais au moment de conclure, c’est Zverev qui serre le jeu. Tie-break maîtrisé, 7 points à 2. Deux sets à zéro. Une gifle pour les espoirs américains.
Shelton refuse de lâcher
Beaucoup auraient plié. Shelton, non. Mené deux manches à rien, il s’accroche, s’énerve, s’anime. Il puise dans ce qui lui reste après une quinzaine éreintante, marquée par une demi-finale de 4 h 28 face à Carlos Alcaraz, terminée à 3 h 33 du matin, puis une victoire solide sur Frances Tiafoe.
Dans le troisième set, l’Américain fait plus que résister. Il fait douter Zverev. Ses retours deviennent plus agressifs, ses prises de risque mieux ciblées. L’Allemand recule d’un pas, commence à subir les accélérations en coup droit. Le public sent le moment, se lève à chaque balle de break, hurle sur chaque faute adverse.
Shelton arrache la manche, 7-5. Arthur Ashe explose. Le match, désormais, ressemble à un bras de fer psychologique autant que physique.
Un quatrième set sous tension, puis la main ferme de Zverev
Le quatrième acte s’ouvre sur un incident qui aurait pu tout faire basculer. Zverev reçoit une violation de temps au service. Il proteste, s’agace, discute, sans obtenir gain de cause. Dans un stade acquis à Shelton, ce genre d’épisode peut faire dérailler une finale.
Mais l’Allemand ne craque pas. Il encaisse, se recentre, et repart de l’avant. Très vite, il prend les commandes du set, s’échappe à 3-1, puis fait le break décisif pour mener 5-2. Cette fois, il ne laisse aucune porte entrouverte. Il conclut sur son service, sans trembler, en patron.
Quelques minutes plus tard, Jimmy Connors lui remet le trophée en argent signé Tiffany & Co. et un chèque de 5,5 millions de dollars. Zverev, ému, remonte le fil de sa propre histoire. Il évoque son diabète, diagnostiqué à 4 ans, et surtout sa mère, qui l’a porté dans ce combat et dans sa carrière.
« S’il veut être joueur de tennis, il sera joueur de tennis », lui disait-elle. Zverev la cite, la désigne comme « la personne la plus importante et la plus forte » qu’il connaisse. L’instant est intime, presque en décalage avec le vacarme de la soirée.
Shelton, une défaite qui ressemble à un point de départ
Face à lui, Ben Shelton n’a pas le visage d’un homme brisé. Il remercie Dieu, parle d’« expérience positive » malgré la défaite. Il voit dans ce parcours une succession de cadeaux : ses succès, ses échecs, et cette finale disputée devant un public en fusion.
Dans les tribunes, Trinity Rodman, attaquante du Washington Spirit, porte un t-shirt à son nom. Elle a joué plus tôt dans la journée, lors d’une défaite 3-0 contre Boston Legacy, avant de rallier New York pour être là, au milieu de cette nuit qui compte déjà dans la carrière de Shelton.
Pour lui, cette finale est un jalon. Première apparition à ce niveau en Grand Chelem, première immersion dans la pression absolue d’un dimanche à New York. Et une portée qui dépasse largement sa seule trajectoire.
Shelton avait une chance d’entrer dans l’histoire comme le premier Américain titré à l’US Open depuis Andy Roddick en 2003, victorieux alors de Juan Carlos Ferrero. Il pouvait aussi devenir seulement le deuxième joueur noir à remporter le tournoi, après Arthur Ashe en 1968, sur ce même court qui porte son nom.
Un symbole pour le tennis américain
Dans les travées, cette dimension-là est partout. Tracie Saundera, venue vivre ce moment, le dit avant même le début de la rencontre : voir un homme noir en finale de l’US Open, alors que la dernière fois remonte à 1972, c’est déjà un événement. Elle souligne aussi le plaisir simple de regarder Shelton jouer, son énergie, sa fougue, sa jeunesse qui tranche avec la retraite progressive de ses idoles.
Un autre supporter, Junior Pulayya, a pris la route depuis la Floride pour soutenir l’ancien de l’Université de Florida. Pour lui, Shelton incarne la fin d’une longue disette chez les hommes américains, le retour d’un visage fort, capable de rallier une nouvelle génération autour du tennis.
Ce parcours new-yorkais, dit-il, ne compte pas seulement pour aujourd’hui. Il compte pour demain, pour tous ceux qui verront en Shelton une raison de prendre une raquette.
Plus loin, Shameka Littles, supportrice de longue date venue du Maryland, mesure la portée de ce qu’elle a sous les yeux. Elle n’ose imaginer ce que ressent Shelton, premier homme noir en plus de cinquante ans à disputer cette finale sur Arthur Ashe. Elle retient aussi autre chose : le niveau global des Américains cette année, nombreux à atteindre quarts et demi-finales, comme une vague qui monte enfin.
Sur le court, pourtant, la coupe est dans les mains d’Alexander Zverev. L’Allemand quitte New York avec un deuxième titre majeur, après son sacre à Roland-Garros en juin, et la sensation très nette qu’il a franchi un cap.
Shelton, lui, quitte Arthur Ashe sans trophée, mais avec quelque chose que le classement ne mesure pas encore : la certitude qu’il faudra désormais compter avec lui dans les grands rendez-vous. La prochaine fois que ce stade retiendra son souffle pour un Américain en finale, sera-t-il de nouveau au centre du court ?




